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Je trouve ce sujet particulièrement étrange dans la mesure où il fait appel à une expérience de pensée. Réponse courte: oui, mais... Réponse longue: il faut déjà définir ce que sont ces vérités universelles, et pourquoi la raison est universelle également. Nous sommes capables de d'accéder à des vérités vérifiables par tous les êtres rationnels, comme des théorèmes mathématiques ou des démonstrations logiques, ou encore des lois naturelles que nous exprimons en langage mathématique (c'est ce que fait la physique). Notre raison semble universelle dans la mesure où nous sommes capables de communiquer avec d'autres êtres humains et de nous accorder sur ces vérités universelles. De fait, les mathématiques ne sont pas dépendantes de la culture, seulement la façon dont on les exprime (si l'Indien Brahmagupta a inventé le zéro pour faciliter l'écriture mathématique, le concept de zéro existait déjà, il était exprimé par un vide dans le calcul avant que Brahmagupta n'entoure ce vide pour créer un symbole: 0 ). Et de fait, lorsque des compagnies internationales discutent, elles peuvent se disputer sur le protocole, la signification des gestes et des couleurs dans une réunion, et sur les taux de taxation de leurs factures... mais pas sur les calculs qui permettent ladite facture: aucune compagnie ne peut en gruger une autre en prétendant que 2 et 2 font 5. Ces lois mathématiques font parties des vérités universelles. Maintenant, plaçons-nous dans l'expérience de pensée: et si notre raison n'était pas universelle? Si nous avions des raisons particulières, capables de se comprendre entre elles par des symboles communs, un langage, mais inégalement capables de découvrir des vérités universelles? Cela nous empêcherait-il de découvrir des vérités universelles? Non, car dans le grand nombre de cerveaux, et donc de raisons particulières disponibles, certains finiraient par tomber sur des lois universelles. Parfois par erreur, parfois par tâtonnement (méthode empirique), et on peut imaginer que dans un nombre suffisamment grand d'esprits irrationnels, on finirait par trouver un esprit rationnel (ou très proche de la raison sur de nombreux points), ce seraient les génies de ce monde. Mais puisqu'ils vivraient en permanence au contact d'esprits irrationnels, il leur serait impossible de transmettre ces vérités universelles: pas de cours de maths possibles entre esprits irrationnels, qui ont chacun leur singularité dans l'irrationnel. Les découvertes universelles seraient des événements rares et pratiquement impossible à communiquer. Dès lors, les rares génies de ce monde seraient solitaires et isolés, ils comprendraient peut-être l'universalité de leur découverte mais ne pourraient pas l'enseigner. Pire, ils seraient peut-être considérés comme des fous ou des sorciers au milieu d'une société irrationnelle. On peut seulement espérer que ces découvertes universelles aient une application pratique facile à comprendre pour des esprits irrationnels. Il n'y aurait pas besoin pour eux de comprendre quoi que ce soit, mais juste d'apprendre une règle qui fonctionne, et de l'utiliser pour la simple raison qu'elle fonctionne, tandis que les autres échouent. On verrait ainsi de nombreux techniciens appliquer des formules et des théorèmes qu'ils ne comprennent pas, sans autre raison que les autres tentatives, qui s'appuient sur d'autres règles, mènent à l'échec de leur projet. Ainsi, par l'intelligence collective d'esprits individuellement fermés à l'universalité, on verrait émerger un monde où certaines découvertes ont fait école et sont devenues des traditions. Bien sûr, dans la population irrationnelle de nombreuses personnes continueraient de faire n'importe quoi, incapable de comprendre la règle, ou même l'intérêt de suivre une règle. Simplement, leurs projets échoueraient systématiquement et ne laisseraient pas de trace, tandis que les constructions utilisant une règle universelle laisseraient des monuments et autres productions visibles. On peut imaginer une sorte d'efficacité culturelle qui finirait avec le temps par sélectionner les méthodes en accord avec des vérités universelles, quelle que soit l'hostilité et le manque de méthode des individus irrationnels composant cette société, de la même façon que les abeilles domestiques font des rayons de cire hexagonaux. Non parce qu'elles comprennent mathématiquement pourquoi l'hexagone est le polygone qui a le rapport périmètre/surface le plus économique, et qu'elles sauraient le calculer, le démontrer et l'enseigner aux autres abeilles. Mais simplement parce qu'elles font leurs rayons de miel avec le moins de cire possible, et que cette seule économie de matière suffit à refermer les rayons en hexagone.2 points
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Salut Oriane, Alors moi, je suis ravi de filer un coup de main à des élèves de Tle. Quel que soit le niveau: initié à la philosophie, curieux, dégoûté, peu importe: ça me fait plaisir de vous donner quelques indices et de rappeler la méthode tout en déblatérant sur des auteurs que j'aime profondément. Mais si tu postes un sujet la veille pour le lendemain: c'est trop tard, il fallait s'y prendre avant. Donc essayons de sauver les meubles, je reprends le sujet à minuit passée, voyons voir ce qu'on peut dire de ce passage de Spinoza. C'est un texte qui pose la question de la liberté: suis-je libre, qu'est-ce qui m'appartient vraiment, que puis-je décider? La réponse de Spinoza est relativement simple: on peut se faire dominer par le corps, en étant immobilisé ou empêché de fuir, et on peut se faire dominer par l'âme, par la crainte ou la promesse de récompenses. Le critère de la liberté repose dans la capacité à user de raison. On est d'autant plus libre qu'on est davantage disposé à suivre la raison. Le plan du texte est clair: le premier paragraphe constitue un raisonnement présentant d'abord quatre exemples, avant de les catégoriser (pour l'exemple, imaginons que je te demande quelque chose, n'importe quoi: tu es libre d'accepter ou de refuser, mais cette liberté peut varier selon les conditions, on va le voir). 1) Notre corps peut être dominé matériellement, par des entraves (à quel point es-tu libre de refuser, Oriane, si je te menotte au radiateur?) 2) Notre corps peut être piégé matériellement (à quel point es-tu libre si je te coince nue et sans arme dans une pièce sans fenêtre, en verrouillant la porte derrière moi?) 3) Notre âme peut être dominée par la crainte (à quel point es-tu libre si je te menace d'une mort atroce et douloureuse, toi ou des membres de ta famille? Si j'ai un revolver braqué sur la tête de ta petite soeur, pas besoin de t'enchaîner au radiateur). 4) Notre âme peut être dominée par la promesse de récompenses (à quel point es-tu libre si je mets vingt mille euros sur la table pour que tu fasses ce que je te demande? Et cent mille euros? Un million?) Spinoza conclue ce paragraphe en rangeant ces exemples dans des catégories: les cas 1 et 2 sont une domination du corps, mais les cas 3 et 4 sont une domination de l'âme. Donc on peut être dépossédé de notre liberté dans notre corps ou dans notre âme (ou les deux en même temps, d'ailleurs). Spinoza enchaîne sur la suite du raisonnement dans le deuxième paragraphe: Il rajoute que la "capacité intérieure de juger" peut être faussée, par un mensonge. Si je ne t'inflige aucune des contraintes évoquées dans les cas 1 à 4 (menottes, piège, menace, promesse), mais que je te donne une fausse information (par exemple: "il faut que tu acceptes, sinon ta mère va mourir, c'est le seul moyen"), il est possible que tu prennes librement la décision de m'obéir, mais que ce raisonnement repose sur de fausses prémisses: tu as été trompée. Spinoza en vient donc à sa thèse: ce qui permet d'être vraiment libre, c'est la capacité à "user droitement de la raison". Donc de former un jugement libre (sans les contraintes des cas 1 à 4), et éclairé (qui ne soit pas trompé par de fausses informations). Spinoza rajoute deux choses en sous-texte, qui ne sont pas faciles à saisir mais participent lourdement à la doctrine de l'auteur: 1) qu'il y a des degrés de liberté. Ce n'est pas une logique binaire, dans laquelle tu es soit libre, soit contrainte: tu es plus ou moins libre selon ta capacité à user droitement de la raison (par exemple, lorsque tu es trompée par un mensonge, tu es certes privée de liberté réelle, mais tu es plus libre que si tu étais enchaînée au radiateur). Pour Spinoza la liberté est un gradiant, on peut nuancer les degrés de liberté selon la situation, c'est un système complexe. 2) La liberté consiste à suivre des règles, mais celles de la raison. Donc être libre, ce n'est pas faire ce qui nous fait envie (cela, ce serait juste suivre les caprices de ses désirs changeants au fil du temps: je veux une glace, je veux aller au parc, je veux voyager, puis rentrer à la maison, puis manger une autre glace, puis... suivre la dernière pulsion en cours n'est pas être libre, ce serait plutôt être esclave de ses envies. Et dans notre monde actuel de l'image et de la marchandise, une personne qui confond "être libre" avec "suivre ses envies" se fera avoir par la première pub qui passe, changera d'avis à la seconde pub, et finira ruinée bien avant d'être à l'abri des messages publicitaires). Être libre pour Spinoza, c'est suivre un cheminement rationnel. Suivre les contraintes de la raison n'est donc pas un manque de liberté: c'est la liberté elle-même.1 point
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Philosophie ,explication de texte,Traité politique (1622)
Calliclès ont réagi à Denis CAMUS pour un sujet
Bonsoir, 17h18, 6 pages, c'est pour demain ! J'adore.😇1 point -
Ce n'est pas une dissert, mais un commentaire (et un plutôt facile): Le problème du texte, c'est le critère à partir duquel on accorde une considération morale à des êtres vivants. Et la réponse de l'auteur est claire, simple et évidente, énoncée à la fin du texte. Ce texte a un plan simple en deux parties. Méthode: Tu dois introduire ton commentaire de texte en précisant: 1) le thème: de quoi parle le texte en général. 2) le problème: à quelle question répond ce texte, quel problème philosophique il aborde. 3) la thèse: quelle réponse claire ce texte prétend apporter à cette question. 4) le plan: quelles sont les étapes de l'argumentation. Clarification sur les allusions un peu rapides de ce texte: "Les Français ont déjà découvert que la noirceur de la peau n'est en rien une raison pour qu'un être humain soit abandonné sans recours au caprice d'un bourreau." cette phrase fait allusion à la Société des amis des Noirs, une association d'intellectuels français du XVIIIe siècle opposés à l'esclavage, et dont les arguments ont porté pendant et après la révolution (la France a été un des premiers pays au monde à l'interdire l'esclavage des Africains dans ses colonies en 1794, mais un petit Corse nerveux est revenu sur cette avancée et a rétabli l'esclavage en 1802, et il fallut attendre d'autres bouleversements pour abolir définitivement l'esclavage en 1848 avec la Seconde République). "la façon dont se termine le sacrum" le sacrum est l'os qui soude la colonne vertébrale au bassin. Nous faisons partie des grands singes, chez qui le sacrum se termine par une petite pointe vestigiale: le coccyx. Mais chez de nombreux mammifères, qui ont le bassin disposé différemment, le sacrum se prolonge par d'autres vertèbres pour structurer un organe que nous n'avons pas: une queue. "Est-ce la faculté de raisonner, ou peut-être celle de discourir ? Mais un cheval ou un chien adultes sont des animaux incomparablement plus rationnels, et aussi plus causants, qu'un enfant d'un jour, ou d'une semaine, ou même d'un mois." difficile, pour un initié à la philosophie, de ne pas y voir une allusion au texte de Descartes sur les animaux, dans le Discours de la méthode, livre 5. Pour Descartes, les animaux ne sont ni pensants ni parlants, ce sont donc des machines organiques. D'autre part, Descartes croyait que les animaux avaient une âme animale, radicalement différente des âmes humaines, d'une autre nature. Donc Descartes justifie la frontière que trace notre culture entre l'homme d'un côté, et l'animal de l'autre. De nos jours, ces catégories sont du domaine du passé pour les biologistes, qui ne parlent plus de "l'animal" au singulier (car il y a bien plus de différences entre un poulpe et un crocodile qu'entre un humain et macaque, il y a des animaux très différents dans leurs perceptions du monde et leurs capacités à le modifier). De plus, n'importe quel biologiste sait que l'humain est un grand singe parmi d'autres (et pas forcément le plus sympathique: le primatologue Franz de Waal dit "le plus empathique de tous les primates" pour parler du... Chimpanzé Bonobo, et pas de l'Humain).1 point
