laura31 Posté(e) le 23 février 2012 Signaler Posté(e) le 23 février 2012 Doc A: Happy Meal, Extrait, Anna gavalda, 2000 Cette fille, je l’aime. J’ai envie de lui faire plaisir. J’ai envie de l’inviter à déjeuner. Une grande brasserie avec des miroirs et des nappes en tissu. M’asseoir près d’elle, regarder son profil, regarder les gens tout autour et tout laisser refroidir. Je l’aime. « D’accord, me dit-elle, mais on va au McDonald. » Elle n’attend pas que je bougonne. « Cela fait si longtemps…ajoute t-elle en posant son livre près d’elle, si longtemps… » 5 Elle exagère, ça fait moins de deux mois. Je sais compter. Mais bon. Cette jeune personne aime les nuggets et la sauce barbecue, qu’y puis je ? Si on reste ensemble assez longtemps, je lui apprendrai autre chose. Je lui apprendrai la sauce gribiche et les crêpes Suzette par exemple. Si on reste ensemble assez longtemps, je lui apprendrai que les garçons des grandes brasseries n’ont pas le droit de toucher nos serviettes, qu’ils les font glisser en soulevant la première assiette. Elle sera bien étonnée. Il y a tellement de choses que je voudrais lui montre. 10 Tellement de choses. Mais je ne dis rien. Je prends mon pardessus en silence. Je sais comment sont les filles avec l’avenir : juste prometteuses. Je préfère l’emmener dans ce putain de McDo et la rendre heureuse un jour après l’autre. Dans la rue, je la complimente sur ses chaussures. Elle s’en offusque : « Ne me dit pas que tu ne les avais jamais vues, je les ai depuis Noël ! » Je pique du nez, elle me sourit, alors je la complimente sur ses chaussettes. Elle me dit que je suis bête. Tu penses si je le savais. C’est la plus jolie fille de la rue. J’éprouve un haut-le-coeur en poussant la porte. D’une fois sur 15 l’autre, j’oublie à quel point je hais le McDonald. Cette odeur : graillon (Geruch von Bratfett), laideur et vulgarité mélangés. Pourquoi les serveuses se laissent-elles ainsi enlaidir ? Pourquoi porter cette visière insensée ? Pourquoi les gens font-ils la queue? Pourquoi cette musique d’ambiance ? Et pour quelle ambiance ? Je trépigne, les gens devant nous sont en survêtement. Les femmes sont laides et les hommes sont gros. J’ai déjà du mal avec l’humanité, je ne devrais pas venir dans ce genre d’endroit. [...] Doc B: Les gommes, extrait Alain Robbe-Grillet, 1953 "Wallas introduit son jeton dans la fente et appuie sur un bouton. Avec un ronronnement agréable de moteur électrique, toute la colonne d'assiettes se met à descendre ; dans la case vide située à la partie inférieure apparaît, puis s'immobilise, celle dont il s'est rendu acquéreur. Il la saisit, ainsi que le couvert qui l'accompagne et pose le tout sur une table libre. Après avoir opéré de la meme façon pour une tranche du meme pain, garni cette fois de fromage, et enfin pour un verre de bière, il commence à couper son repas en petits cubes. Un quartier de tomate en vérité sans défaut, découpé à la machine dans un fruit d'une symétrie parfaite. La chair périphérique, compacte et homogène, d'un beau rouge de chimie, est régulièrement épaisse entre une bande de peau luisante et la log où sont rangés les pépins, jaunes, bien calibrés, maintenus en place par une mince couche de gelée verdâtre le long d'un renflement du coeur. Celui-ci, d'un rose atténué légèrement granuleux, début, du côté de la dépression inférieure, par un faisceau de veines blanches, dont l'une se prolonge jusque vers les pépins - d'une façon peut-être un peu incertaine. Tout en haut, un accident à peine visible s'est produit : un coin de pelure, décollé de la chair sur un millimère ou deux, se soulève imperceptiblement." Doc C: Gargantua, extrait, chapitre XXI, Rabelais, 1532 Chapitre XXI L’étude de Gargantua selon la discipline de ses précepteurs sorbanages. Quelques jours se passèrent ainsi pendant lesquels les cloches furent remises en leur place. Les citoyens de Paris, reconnaissant à Gargantua de cette bonne action lui offrirent d’entretenir et de nourrir sa jument autant qu’il lui plairait. Gargantua accepta de bonne grâce. La jument fut envoyée dans la forêt de Bièvre où je crois qu’elle n’est plus maintenant. Cela fait, Gargantua s’abandonna pour ses études, entièrement à Ponocrates ; celui-ci, pour débuter, décida qu’il ferait ainsi qu’il en avait l’habitude, afin de savoir de quelle manière, pendant si longtemps, les vieux précepteurs de son élève l’avaient rendu si fat, si niais, si ignorant ! Il dispensait son temps de telle façon que, ordinairement il s’éveillait entre huit et neuf heures, qu’il fit jour ou non ; ainsi l’avaient ordonné ses professeurs en théologique. Puis se gambadait, piaffait et se roulait sur son lit quelques instants pour mieux amuser ses esprits ; ensuite il s’habillait d’après la saison, mais de préférence il endossait une grande et longue robe de grosse frise fourrée de renards ; il se peignait ensuite du peigne d’Almain, c’est à dire avec les quatre doigts et le pouce, car ses précepteurs disaient que c’était perdre son temps en ce monde que se, laver, se peigner et autrement se nettoyer. Après quoi il fientait, pissait, rendait sa gorge, rotait, pétait, baillait, crachait, toussait, sanglotait, éternuait et se morvait tel un archidiacre. Pour vaincre la rosée et mauvais air, il déjeunait ensuite de belles tripes frites, de succulentes tranches de bœuf grillées sur des charbons, de délicieux jambons, de savoureuses grillades de chevreaux et de force soupes de primeurs. Ponocrates lui remontait qu’il ne devrait pas, sans avoir fait quelque exercice, prendre nourriture aussitôt le saut du lit. Gargantua répondait : « Quoi ! n’ai-je point pris un exercice suffisant ? Je me suis vautré six ou sept fois sur le lit avant de me lever. N’est-ce point assez ? Sur le conseil de son médecin juif, le pape Alexandre faisait de même, et jusqu’à la mort il vécut en dépit des envieux. Mes premiers maîtres m’y ont accoutumé, me disant que le déjeuner rendait la mémoire bonne ; aussi buvaient ils les premiers. Je m’en trouve fort bien et n’en dîne que mieux. Et Maître Tubal, qui fut le premier de sa licence à Paris, ne me disait il pas qu’il est préférable de partir de bonne heure que de courir ensuite ? Aussi l’humanité doit elle son salut à boire matin, et non à tas, à tas, comme des canes : Lever matin n’est point bonheur. Boire matin est le meilleur. Après avoir ainsi bien déjeuné, Gargantua allait à l’église, où on lui portait, dans un grand panier un gros bréviaire emmitouflé, pesant, tant en qualité qu’en fermoirs et parchemins, ni plus ni moins que onze quintaux six livres. Il y entendait vingt-six ou trente messes pendant lesquelles venait son aumônier, enveloppé, tel une huppe, dans un paletot, et qui s’était mis en haleine avec force bons vins. Avec lui, Gargantua marmonnait toutes ces litanies, et il les tant épluchait si bien qu’il en tombait un seul grain à terre. Au sortir de l’église, on lui amenait sur un char à bœufs, un tas de chapelets de Saint Claude, dont les grains avaient chacun la grosseur d’une tête. Il se promenait alors par les cloîtres, galeries et jardin, où il en disait plus que seize ermites. Il étudiait ensuite pendant une méchante demi-heure, les yeux fixés sur son livre ; mais ainsi que le dit le Comique, ses pensées étaient à la cuisine. Après avoir pissé un plein urinal, il se mettait à table. Etant naturellement flegmatique, il commençait son repas par quelques dizaines de jambons, de langues de bœuf fumées, de cervelas, d’andouilles et tels autres avant-coureurs de vin. Pendant ce temps, quatre de ses gens lui jetaient dans la bouche, l’un après l’autre et sans cesse de la moutarde à pleines palerées ; après quoi, il buvait un honorifique trait de vin blanc pour lui soulager les rognons. Selon la saison, il continuait d’ingurgiter des viandes, à son appétit, et cessait de manger lorsqu’il éprouvait des tiraillements au ventre. Pour ce qui est de boire, il n’avait ni fin ni règle ; il disait que l’on devait seulement s’arrêter lorsque le siège de vos pantoufles enflait en haut d’un demi-pied. Question de corpus: Quelle vision du personnage et du monde est proposée à travers ces scènes de repas ? Je ne veux pas que vous me donniez la réponse mais la méthode à répondre à cette questions, des indices ... Merci beaucoup
E-Bahut moîravita Posté(e) le 23 février 2012 E-Bahut Signaler Posté(e) le 23 février 2012 Les 3 textes sont d'époques différentes : Gargantua, XVI è s. Les gommes (nouveau roman) : années 50 Happymeal: contemporain. -Différences de styles , de typograhie -Recherche les champs lexicaux de la nourriture dans chacun des extraits - Rôle des descriptions, des dialogues: leur alternance : lesquels ont la prédominance ? - Qui voit ? Qui transmet le récit (problème de focalisation ) . Y a-t-il un personnage privilégié ? un objet privilégié?Comment et-il représenté ? (zoom dans le quartier de tomate par exemple) - Temps grammaticaux employés? Tu as d'autres idées ?
laura31 Posté(e) le 23 février 2012 Auteur Signaler Posté(e) le 23 février 2012 Merci de m'avoir répondu. Je pourrais aussi parler des figures de styles car on retrouve dans les trois textes de la personnification. Par contre je ne connais pas de nombreuses formes de vision car en cours j'ai étudier la vision péjorative et la vision ambigue.
E-Bahut moîravita Posté(e) le 24 février 2012 E-Bahut Signaler Posté(e) le 24 février 2012 Je te les communique ce W.E. mais tu peux les trouver en tapant "focalisation" sur le net je suppose .
laura31 Posté(e) le 25 février 2012 Auteur Signaler Posté(e) le 25 février 2012 Oui mais je ne sais pas du tout commenr répondre à ce genre de question, comment commencer ...
E-Bahut moîravita Posté(e) le 25 février 2012 E-Bahut Signaler Posté(e) le 25 février 2012 Tu peux me préciser les textes et leurs explications que t'ont fourni tes cours jusqu'à présent ? Dans un roman , tu peux avoir deux types de vision I. Vision illimitée : le narrateur n'est pas représenté dans la fiction: il sait tout de l'histoire et de ses personnages:il est omniscient, comme un Dieu et ses personnages n'ont aucun secret pour lui: il connaît leurs pensées les plus intimes , voire inconscientes .Le narrateur peur se trouver en plusieurs lieux à la fois, il possède le don d'ubiquité(cfr. "Thérèse Raquin" de Zola, par ex.) II. Vision limitée: A. Le narrateur-agent: "je": il est le héros de la fiction et nous la présente selon son point de vue . B."il"/"vous":: le narrateur peut également décrire son expérience en se cachant derrière l'anonymat de la 3 è personne, ce qui lui donne objectivité et recul .(comme le Dr Rieux dans "La Peste" de Camus) Dans "La Modification" de Michel Butor, un "vous" s'adresse direcement à nous et instaure une confusion entre narrateur, narrataire et lecteur qui a l'impression de participer plus activement à l'action. C.Le narrateur-témoin: le personnage dit "je", mais n'est plus le héros du roman, il est un personnage secondaire qui raconte l'histoire du protagoniste , comme François Seurel dans "Le grand Meaulnes" de Alain-Fournier. Il ne participe pas à tous les moments de l'action , il en est parfois réduit à supposer ce qui arrive au héros .
laura31 Posté(e) le 25 février 2012 Auteur Signaler Posté(e) le 25 février 2012 Alors en cours, on a lu un extrait L'assomoir de Zola, la scène du repas, où on a vu trois visions: la vision péjorative en ce qui concèrne les convives qui veulent ruiner Gervaise; la vision ambigue car Gervaise est à la fois généreuse et naïve, elle ne maîtrise pas les enjeux de son repas; et enfin la vision péjorative du peuple qui est animalisé. Ils ressemblent à des cochons, chaque personnage mange une partie de l'oie.
E-Bahut moîravita Posté(e) le 25 février 2012 E-Bahut Signaler Posté(e) le 25 février 2012 Rien à voir avec ce que je viens de t'écrire .Ces visions limitée/ illimitée s'appellent aussi focalisation zéro (vision illimitée), interne (le "je" : on capte la fiction à travers le regard d'un personnage -narrateur privilégié), ou externe : le narrateur ne semble rien connaître de ses personnages (nouveau roman ). Mais cela ne nous avance pas ! pour le 1er : monde du fast - food, nourriture toute prête vite consommée,attribuée au monde moderne où tout va très vite.(appétissante, sans doute) pour le 2 è : nourriture sobre, disséquée jusqu'aux moindres détails , qui demande du temps pour être examinée et ingurgitée (calme l'appétit ?) pour le 3 è : excès de nourriture , description exhaustive, jusqu'au dégoût . En fait, les 3 extraits provoquent un certain dégoût .
laura31 Posté(e) le 25 février 2012 Auteur Signaler Posté(e) le 25 février 2012 Oui vous avez raison, donc pour la question je développe ma réponse avec les différents procédés que vous m'avez cité (figures de style, champs lexicaux...) et puis je dis que ces trois textes provoquent du dégoût. Donc la vision du personnage et du monde proposée à travers ces scènes de repas est péjorative. Est-ce-que c'est juste ?
E-Bahut moîravita Posté(e) le 26 février 2012 E-Bahut Signaler Posté(e) le 26 février 2012 Oui, je le pense (mais je ne suis pas ton prof!) . Je te souhaite bon courage . N'hésite pas à poser tes questions.
laura31 Posté(e) le 26 février 2012 Auteur Signaler Posté(e) le 26 février 2012 Merci beaucoup de votre aide !
E-Bahut moîravita Posté(e) le 26 février 2012 E-Bahut Signaler Posté(e) le 26 février 2012 C'est sympa de remercier et cela m'encourage pour continuer à aider en français . A bientôt .
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