Aller au contenu

commentaire du livre I des confessions de Rousseau


lilite76

Messages recommandés

Posté(e)

Bonjour à tous, j'ai un commentaire à faire sur un extrait du livre I des confessions de Rousseau. J'aurai besoin d'aide pour mon plan.

J'avais pensé à formuler cette problématique : en quoi cet extraire relève des caractéristiques de l'autobiographie? J'avais pensé en première parti à évoquer l'organisation du récit et en seconde partie les caractéristiques de l'autobiographie. J'aimerai bien savoir si ce plan correspond bien et s'il n'est pas trop simple ou bien trop vague. Merci. Aidez-moi!

En moins d'un an j'épuisai la mince boutique de la Tribu, et alors je me trouvai dans mes loisirs cruellement

désœuvré. Guéri de mes goûts d'enfant et de polisson par celui de la lecture, et même par mes lectures, qui, bien

que sans choix et souvent mauvaises, ramenaient pourtant mon cœur à des sentiments plus nobles que ceux que

m'avait donnés mon état; dégoûté de tout ce qui était à ma portée, et sentant trop loin de moi tout ce qui m'aurait

5 tenté, je ne voyais rien de possible qui pût flatter mon cœur. Mes sens émus depuis longtemps me demandaient une

jouissance dont je ne savais pas même imaginer l'objet. J'étais aussi loin du véritable que si je n'avais point eu de

sexe; et déjà pubère et sensible, je pensais quelquefois à mes folies, mais je ne voyais rien au delà. Dans cette

étrange situation, mon inquiète imagination prit un parti qui me sauva de moi-même et calma ma naissante

sensualité: ce fut de se nourrir des situations qui m'avaient intéressé dans mes lectures, de les rappeler, de les varier,

10 de les combiner, de me les approprier tellement que je devinsse un des personnages que j'imaginais, que je me visse

toujours dans les positions les plus agréables selon mon goût; enfin que l'état fictif où je venais à bout de me mettre

me fît oublier mon état réel, dont j'étais si mécontent. Cet amour des objets imaginaires et cette facilité de m'en

occuper achevèrent de me dégoûter de tout ce qui m'entourait, et déterminèrent ce goût pour la solitude qui m'est

toujours resté depuis ce temps-là. On verra plus d'une fois dans la suite les bizarres effets de cette disposition si

15 misanthrope et si sombre en apparence, mais qui vient en effet d'un cœur trop affectueux, trop aimant, trop tendre,

qui, faute d'en trouver d'existants qui lui ressemblent, est forcé de s'alimenter de fictions. Il me suffit, quant à

présent, d'avoir marqué l'origine et la première cause d'un penchant qui a modifié toutes mes passions, et qui, les

contenant par elles-mêmes, m'a toujours rendu paresseux à faire, par trop d'ardeur à désirer.

J'atteignis ainsi ma seizième année, inquiet, mécontent de tout et de moi, sans goût de mon état, sans plaisir de

20 mon âge, dévoré de désirs dont j'ignorais l'objet, pleurant sans sujet de larmes, soupirant sans savoir de quoi; enfin

caressant tendrement mes chimères, faute de rien voir autour de moi qui les valût.

Jean-Jacques Rousseau, Les confessions, Livre I, 1782.

  • E-Bahut
Posté(e)

Avec cette espèce de "volupté de la réminiscence" comme l'appelle Georges MAY, Rousseau veut d'abord ,dans "Les Confessions" (titre révélateur) , s'ériger contre les images incorrectes que ses contemporains ont, estime-t-il , données de lui et son autobiographie aura pour fonction première de restituer ce qu'il croit être la vérité.

La restitution de la vérité passera par l'aveu de "crimes" et de faiblesses (comme la célèbre scène du ruban bolé), mais Rousseau veille constamment à montrer que sa faiblesse n'était pas de la méchanceté, et par là , veut nous apitoyer. Comment jeter la pierre à un homme qui s'accuse ?

Ainsi "Les Confessions" , comme maintes autobiographies, se présentent comme une apologie déguisée où l'auteur-narrateur multiplie les justifications et les mises au point- voire les vantardises et les vengeances- pour donner de lui-même une image conforme à ses désirs .

Donner un sens à sa vie, exorciser la mort, se rappeler avec extase, faire l'apologie de sa personne (comme ici Rousseau), telles sont les fonctions égocentriques de l'autobiographie .

  • E-Bahut
Posté(e)

Il me semble que tu devrais t'orienter vers l'éveil à la sensualité du jeune Rousseau : en décrivant ses émois intimes, il met en quelque sorte le lecteur "dans son sac" afin que celui -ci ne doute plus de la véracité de ses sentiments (espèce de "pacte autobiographique" qu'a analysé Philippe Lejeune, spécialiste du récit de vie .)

-premiers émois sensuels,premiers apitoiements sur soi, premiers appels à l'empathie du lecteur .(le lecteur rejoint l'auteur dans sa contemplation narcissique de lui-même).

Je suppose que tu as lu la première préface de Rousseau aux "Confessions" , appelée aussi "le manuscrit de Neufchâtel"dans lequel Rousseau développe cinq motivations différentes pour justifier son oeuvre : témoigner de ce qu'il a vécu, édifier le lecteur par les bons exemples qu'il a donnés sa vie durant, se blanchir des accusations fausses, conférer à sa vie une unité, un sens , et retrouver par le souvenir les délices de certaines expériences passées .

Posté(e)

Je pourrais alors mettre en II) l'éveil à la sensualité. Mais je ne trouve pas vraiment de citations ou de passage du texte qui pourrait avoir un rapport avec cela? merci

  • E-Bahut
Posté(e)

ligne 5: "mes sens émus ....jouissance... sexe... pubère... sensible...

plus loin : le mot "naissante sensualité"...etc.

  • E-Bahut
Posté(e)

Je mettrais éveil de la sensualité en II, mais c'est un avis subjectif . Ici, onne traite pas le commentaire de texte comme en France ...

Et que mets-tu pour I. Organisation du récit ? Qu'est-ce que tu entends par là ?

Bon travail .

Archivé

Ce sujet est désormais archivé et ne peut plus recevoir de nouvelles réponses.

×
×
  • Créer...
spam filtering
spam filtering