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Étude De 4 Roman (Incipit)


Miyako

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Posté(e)

Bonjour! Puis-je avoir votre aide s'il vous plait? MERCI :)

TEXTE A : G.Flaubert, Madame bovary (1857)

Nous étions à l’Étude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.

Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir ; puis, se tournant vers le maître d’études :

– Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l’appelle son âge.

Resté dans l’angle, derrière la porte, si bien qu’on l’apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d’une quinzaine d’années environ, et plus haut de taille qu’aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l’air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu’il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d’un. pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous.

On commença la récitation des leçons. Il les écouta de toutes ses oreilles, attentif comme au sermon, n’osant même croiser les cuisses, ni s’appuyer sur le coude, et, à deux heures, quand la cloche sonna, le maître d’études fut obligé de l’avertir, pour qu’il se mît avec nous dans les rangs.

Nous avions l’habitude, en entrant en classe, de jeter nos casquettes par terre, afin d’avoir ensuite nos mains plus libres ; il fallait, dès le seuil de la porte, les lancer sous le banc, de façon à frapper contre la muraille en faisant beaucoup de poussière ; c’était là le genre.

Mais, soit qu’il n’eût pas remarqué cette manœuvre ou qu’il n’eut osé s’y soumettre, la prière était finie que le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux.

TEXTE B : E.Zola, Germinal (1885)

Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d'une obscurité et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves.

Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n'avait la sensation de l'immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d'avoir balayé des lieues de marais et de terres nues.

Aucune ombre d'arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d'une jetée, au milieu de l'embrun aveuglant des ténèbres.

L'homme était parti de Marchiennes vers deux heures. Il marchait d'un pas allongé, grelottant sous le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours. Un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux, le gênait beaucoup ; et il le serrait contre ses flancs, tantôt d'un coude, tantôt de l'autre, pour glisser au fond de ses poches les deux mains à la fois, des mains gourdes que les lanières du vent d'est faisaient saigner. Une seule idée occupait sa tête vide d'ouvrier sans travail et sans gîte, l'espoir que le froid serait moins vif après le lever du jour. Depuis une heure, il avançait ainsi, lorsque sur la gauche, à deux kilomètres de Montsou, il aperçut des feux rouges, trois brasiers brûlant au plein air, et comme suspendus. D'abord, il hésita, pris de crainte ; puis, il ne put résister au besoin douloureux de se chauffer un instant les mains.

Un chemin creux s'enfonçait. Tout disparut. L'homme avait à droite une palissade, quelque mur de grosses planches fermant une voie ferrée ; tandis qu'un talus d'herbe s'élevait à gauche, surmonté de pignons confus, d'une vision de village aux toitures basses et uniformes. Il fit environ deux cents pas. Brusquement, à un coude du chemin, les feux reparurent près de lui, sans qu'il comprît davantage comment ils brûlaient si haut dans le ciel mort, pareils à des lunes fumeuses. Mais, au ras du sol, un autre spectacle venait de l'arrêter. C'était une masse lourde, un tas écrasé de constructions, d'où se dressait la silhouette d'une cheminée d'usine ; de rares lueurs sortaient des fenêtres encrassées, cinq ou six lanternes tristes étaient pendues dehors, à des charpentes dont les bois noircis alignaient vaguement des profils de tréteaux gigantesques, et, de cette apparition fantastique, noyée de nuit et de fumée, une seule voix montait, la respiration grosse et longue d'un échappement de vapeur, qu'on ne voyait point.

Alors, l'homme reconnut une fosse. Il fut repris de honte :

à quoi bon ? il n'y aurait pas de travail.

Texte C : L-F Celine, Voyage au bout de la nuit (1932)

Ça a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien dit. Rien. C'est Arthur Ganate qui m'a fait parler. Arthur, un étudiant, un carabin lui aussi, un camarade. On se rencontre donc place Clichy. C'était après le déjeuner. Il veut me parler. Je l'écoute. « Restons pas dehors ! qu'il me dit. Rentrons ! » Je rentre avec lui. Voilà. « Cette terrasse, qu'il commence, c'est pour les oeufs à la coque ! Viens par ici ! » Alors, on remarque encore qu'il n'y avait personne dans les rues, à cause de la chaleur ; pas de voitures, rien. Quand il fait très froid, non plus, il n'y a personne dans les rues ; c'est lui, même que je m'en souviens, qui m'avait dit à ce propos : « Les gens de Paris ont l'air toujours d'être occupés, mais en fait, ils se promènent du matin au soir ; la preuve, c'est que lorsqu'il ne fait pas bon à se promener, trop froid ou trop chaud, on ne les voit p lus ; ils sont tous dedans à prendre des cafés crème et des bocks. C'est ainsi ! Siècle de vitesse ! qu'ils disent. Où ça ? Grands changements ! qu'ils racontent. Comment ça ? Rien n'est changé en vérité. Ils continuent à s'admirer et c'est tout. Et ça n'est pas nouveau non plus. Des mots, et encore pas beaucoup, même parmi les mots, qui sont changés ! Deux ou trois par-ci, par-là, des petits... » Bien fiers alors d'avoir fait sonner ces vérités utiles, on est demeurés là assis, ravis, à regarder les dames du café.

Texte D : M. Butor, La modification (1957)

Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre, et de votre épaule droite vous essayez en vain de pousser un peu plus le panneau coulissant.

Vous vous introduisez par l'étroite ouverture en vous frottant contre ses bords, puis, votre valise couverte de granuleux cuir sombre couleur d'épaisse bouteille, votre valise assez petite d'homme habitué aux longs voyages, vous l'arrachez par sa poignée collante, avec vos doigts qui se sont échauffés, si peu lourde qu'elle soit, de l'avoir portée jusqu'ici, vous la soulevez et vous sentez vos muscles et vos tendons se dessiner non seulement dans vos phalanges, dans votre paume, votre poignet et votre bras, mais dans votre épaule aussi, dans toute la moitié du dos et dans vos vertèbres depuis votre cou jusqu'aux reins.

Non, ce n'est pas seulement l'heure, à peine matinale, qui est responsable de cette faiblesse inhabituelle, c'est déjà l'âge qui cherche à vous convaincre de sa domination sur votre corps, et pourtant, vous venez seulement d'atteindre les quarante-cinq ans.

Vos yeux sont mal ouverts, comme voilés de fumée légère, vos paupières sensibles et mal lubrifiées, vos tempes crispées, à la peau tendue et comme raidie en plis minces, vos cheveux qui se clairsèment et grisonnent, insensiblement pour autrui mais non pour vous, pour Henriette et pour Cécile, ni même pour les enfants désormais, sont un peu hérissés et tout votre corps à l'intérieur de vos habits qui le gênent, le serrent et lui pèsent, est comme baigné, dans son réveil imparfait, d'une eau agitée et gazeuse pleine d'animalcules en suspension.

Questions :

1. quelles sont les fonctions principales de ces incipit?

2. en quoi les deux derniers textes se distinguent-ils d'un incipit plus traditionnel?

3. vous venez de commencer la lecture de "voyage au bout de la nuit". Des les premières lignes, le style de celine vous fait reagir. Vous vous livrez à un eloge ou une critique de cette ouverture. Vous expliquerez pourquoi vous trouvez ou non son style remarquable; et pourquoi cet incipit vous donne ou non l'envie de poursuivre la lecture du roman.

Pour la 1° question j'ai répondu : Faire entrer le lecteur dans le fiction romanesque en lui délivrant toutes les infos nécessaires à la compréhension de l'histoire. ( Est-ce que c'est juste?)

vous pouvez m'aider s'il vous plait pour la 3° question? je ne sais pas trop par où commencer! MERCI

  • E-Bahut
Posté(e)

1. L'incipit présente le cadre de l'histoire, le personnage principal, parfois l'époque .

Les deux premiers sont à la 3 è personne (romans du XIX ès . :le narrateur sait tout de ses personnages)

Le 3 è (Céline ) est à la 1PS : cela ressemble à un monologue intérieur :la focalisation (regarde ce terme sur le net) est interne : narrateur= personnage .

Le 4 è (Butor) est à la 2 è personne : la focalisation est externe : le narrateur ne sait rien de son personnage et le lecteur le découvre avec lui .

Pour ta dernière question, je ne puis me mettre à ta place : dis d'abord ce que toi tu penses .Le style de Céline ressemble à un style oral . les termes sont crus, les phrases courtes .

Courage !

Posté(e)

C'est la réponse à la 1° question ou c'est une aide / explication? (merci quand meme)

1. L'incipit présente le cadre de l'histoire, le personnage principal, parfois l'époque .

Les deux premiers sont à la 3 è personne (romans du XIX ès . :le narrateur sait tout de ses personnages)

Le 3 è (Céline ) est à la 1PS : cela ressemble à un monologue intérieur :la focalisation (regarde ce terme sur le net) est interne : narrateur= personnage .

Le 4 è (Butor) est à la 2 è personne : la focalisation est externe : le narrateur ne sait rien de son personnage et le lecteur le découvre avec lui .

Pour ta dernière question, je ne puis me mettre à ta place : dis d'abord ce que toi tu penses .Le style de Céline ressemble à un style oral . les termes sont crus, les phrases courtes .

Courage !

  • E-Bahut
Posté(e)

Question 1 : 1 ère phrase sur l'incipit.

question 2 : c'est le point de vue du narrateur (la focalisation ) qui les distingue .

Narrateur omniscient : il sait tout de ses personnages.(Flaubert, Zola)

Narrateur = un personnage : on découvre l'histoire à travers le regard d'un personnage privilégié.

Narrateur externe à l'histoire:il ne sait rien de ses personnages (parfois désignés par une simple majuscule: "A" "N" par exemple) et demande au lecteur de "jouer au détective avec lui", de construire l'histoire avec lui (c'est ce qu'on appelle le mouvement littéraire du "Nouveau Roman": Butor, Duras, Sarraute, Robbe- Grillet, Claude Simon, etc.)

Posté(e)

Question 1 : 1 ère phrase sur l'incipit.

question 2 : c'est le point de vue du narrateur (la focalisation ) qui les distingue .

Narrateur omniscient : il sait tout de ses personnages.(Flaubert, Zola)

Narrateur = un personnage : on découvre l'histoire à travers le regard d'un personnage privilégié.

Narrateur externe à l'histoire:il ne sait rien de ses personnages (parfois désignés par une simple majuscule: "A" "N" par exemple) et demande au lecteur de "jouer au détective avec lui", de construire l'histoire avec lui (c'est ce qu'on appelle le mouvement littéraire du "Nouveau Roman": Butor, Duras, Sarraute, Robbe- Grillet, Claude Simon, etc.)

  • E-Bahut
Posté(e)

Non. pour t'expliquer les 3 focalisations possibles, j'ai aussi pris les deux premiers textes : j'ai mis le nom des auteurs entre parenthèses .

Reprenons:

On peut avoir 3 types de récits :

1 Le récit non focalisé : le narrateur est > que le personnage : il sait des choses que le personnage ignore (comme Flaubert, comme Zola)

2 Le récit à focalisation interne : le narrateur = le personnage auquel il s'identifie : le lecteur apprend l'histoire à travers le point de vue du personnage .(le "je" dans le texte de Céline)

3.Le récit à focalisation externe : le narrateur est < que le personnage : le narrateur voit les événements du dehors, il s'identifie à un observateur extérieur . (Butor)

Posté(e)

Non. pour t'expliquer les 3 focalisations possibles, j'ai aussi pris les deux premiers textes : j'ai mis le nom des auteurs entre parenthèses .

Reprenons:

On peut avoir 3 types de récits :

1 Le récit non focalisé : le narrateur est > que le personnage : il sait des choses que le personnage ignore (comme Flaubert, comme Zola)

2 Le récit à focalisation interne : le narrateur = le personnage auquel il s'identifie : le lecteur apprend l'histoire à travers le point de vue du personnage .(le "je" dans le texte de Céline)

3.Le récit à focalisation externe : le narrateur est < que le personnage : le narrateur voit les événements du dehors, il s'identifie à un observateur extérieur . (Butor)

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