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Bonjour,

J'ai un sujet à travailler ayant pour problématique : analyser en quoi la création d'art peut-être une quête ou une épreuve ? je n'arrive pas à trouver un plan adéquat car je trouve qu'entre les 3 textes les informations se répètent.

Michel Serres , le Tiers instruit

Apprentissage, oubli. Mis à part des cas rarissimes, moins de dix assurément pour quatre millénaires d’histoire connue, dont les noms signent presque toujours des œuvres de mathématiques et de musique, ces deux langages à mille valeurs parce que privés de sens discursif, on ne rencontre pas de génie naturel, immédiat et sauvage. Qui attend l’inspiration ne produira jamais que du vent, tous deux aérophagiques. Tout vient toujours du travail, y compris le don gratuit de l’idée qui arrive. S’adonner, ici et maintenant, d’un coup, à n’importe quoi, sans préparation, aboutit à l’art brut dont l’intérêt se borne à la psychopathologie ou à la mode : bulle passagère, pour tréteaux et bateleurs.

Oeuvre d’art, voyons le mot. L’œuvre a pour auteur un ouvrier, de formation artisanale, devenu expert en sa matière propre, formes, couleurs, images, pour tels, langue pour moi, marbre ou paysage ailleurs. Avant de prétendre produire des pensers neufs, il faut, par exemple, ouïr les voyelles : un ouvrier, un artisan d’écriture les distribue dans la phrase et la page comme un peintre les rouges dans les verts, ou un compositeur les cuivres sur les percussions, jamais n’importe comment. Ainsi des consonnes ou des subordonnées : labeur long sur la feuille trouée comme le tonneau des Danaïdes, si indéfini qu’on y passe sa vie. Créer : ne s’adonner qu’à cela, de l’aube à l’agonie.

Cela suppose la meilleure santé : dévorant le corps de son embrasement, la création épuise à mort et tue à la fleur de l’âge quiconque n’y résiste de vive force : Raphaël1, Mozart, Schubert, autour de trente ans, Balzac et saint Thomas d’Aquin2, vers quarante. Avant de se mettre à rimer, le vieux Corneille se déshabillait pour se rouler, tout nu, dans des couvertures de bure où il suait d’abondance, comme en un sauna : l’oeuvre géniale transpire du corps ainsi qu’une sécrétion. Elle sort des glandes. Des dizaines de kilomètres, tous les jours, marchaient Rousseau et Diderot. Les idées nouvelles émanent d’athlètes. Le sobriquet Platon signifie, en grec : large d’épaules. Il faut imaginer les grands philosophes en joueurs de rugby

 

Un portrait par Giacometti de James Lord

Le lendemain après-midi, je trouvai plusieurs personnes à l’atelier. À présent que Giacometti est devenu célèbre, il a beaucoup plus de visiteurs. Voilà dix ans, il était rare de le trouver aux prises avec des journalistes, des marchands étrangers, des directeurs de musée, des critiques, des collectionneurs et des curieux. Maintenant, c’est courant. Il a pris le changement avec calme, bien que souvent le fait qu’on lui vole continuellement son temps l’exaspère.
Il était quatre heures et demie quand nous pûmes nous mettre au travail. En commençant à peindre, il me dit :
-J’ai remarqué non seulement que, de face, tu as l’air d’une brute, mais que ton profil est un peu dégénéré.
Il rit franchement et ajouta :
-De face, tu vas en prison ; de profil tu finis à l’asile.
Nous nous mîmes à rire tous les deux. Bien qu’il fût capable de plaisanter, il paraissait accablé par l’énormité de la tâche pas du tout drôle qu’il avait entreprise. Il ne cessait de murmurer, en partie pour lui-même et en partie à mon adresse, combien elle était impossible.
-Voilà trente ans que je perds mon temps, dit-il. La racine du nez me dépasse, je n’ai aucun espoir de jamais en venir à bout.
Il continua néanmoins à travailler. L’après-midi passa lentement. Il fumait des cigarettes et racontait des histoires de gens qu’il avait connus et d’incidents qui l’avaient amusé ou intéressé. Mais il en revenait toujours à l’intolérable difficulté de la tâche qu’il avait sur les bras. J’essayai de déduire des mouvements de ses pinceaux la tournure que le tableau pouvait prendre, mais c’était impossible. Parfois il restait affaissé sur lui-même une minute ou davantage, la tête et les mains pendantes, dans une attitude de découragement absolu, comme s’il ne lui restait aucun espoir fût-ce même de vivre.


-C’est impossible, murmurait-il encore et encore. Jamais je ne m’en sortirai.
Parfois son cafard devenait contagieux. À force de poser là, heure après heure, dans cet atelier gris, encombré, poussiéreux, on commençait à sentir que, véritablement, tout l’avenir dépendait de la possibilité de traduire exactement à l’aide de pinceaux et de couleurs la sensation visuelle produite par un certain aspect de la réalité. Cela, naturellement, est par définition impossible, et pourtant, pour cette raison même, infiniment stimulant et valide. […]
Après deux heures de travail, nous dûmes nous arrêter cet après-midi là, parce qu’un éditeur vint le voir. La toile fut enlevée du chevalet. Tout le vague de la veille avait disparu. La tête était précise et modelée avec force, mais complètement noire. Le corps avait gagné en volume et un peu de la surface du fond avait été peinte.
-Est-ce que ça vaut la peine de continuer ? demanda Giacometti.
— Bien sûr, dis-je.
— Est-ce par charité que tu dis ça ? demanda-t-il encore à demi sérieusement. Si oui, tu es un salaud. Un ami me dirait qu’il faut cesser pour toujours.

Souvenir d'un an de Guy de Maupassant

Dans cet article, paru dans le journal Le Gaulois, Maupassant décrit Gustave Flaubert à sa table de travail.


Dans un fauteuil de chêne à haut dossier, il est assis, enfoncé, la tête rentrée entre ses fortes épaules ; et une petite calotte en soie noire, pareille à celles des ecclésiastiques, couvrant le sommet du crâne, laisse échapper de longues mèches de cheveux gris, bouclés par le bout et répandus sur le dos. Une vaste robe de chambre en drap brun semble l’envelopper tout entier, et sa figure, que coupe une forte moustache blanche aux bouts tombants, est penchée sur le papier. Il le fixe, le parcourt sans cesse de sa pupille aiguë, toute petite, qui pique d’un point noir toujours mobile deux grands yeux bleus ombragés de cils longs et sombres.
Il travaille avec une obstination féroce, écrit, rature, recommence, surcharge les lignes, emplit les marges, trace des mots en travers, et sous la fatigue de son cerveau il geint comme un scieur de long.
Quelquefois, jetant dans un grand plat de cuivre oriental, rempli de plumes d’oie soigneusement taillées, la plume qu’il tient à la main, il prend sa feuille de papier, l’élève à la hauteur du regard, et, s’appuyant sur un coude, déclame d’une voix mordante et haute. Il écoute le rythme de sa prose, s’arrête comme pour saisir une sonorité fuyante, combine les tons, éloigne les assonances, dispose les virgules avec science, comme les haltes d’un long chemin : car les arrêts de sa pensée, correspondant aux membres de sa phrase, doivent être en même temps les repos nécessaires à la respiration.
Mille préoccupations l’obsèdent. Il condense quatre pages en dix lignes ; et la joue enflée, le front rouge, tendant ses muscles comme un athlète qui lutte, il se bat désespérément contre l’idée, la saisit, l’étreint, la subjugue, et peu à peu, avec des efforts surhumains, il l’encage, comme une bête captive, dans une forme solide et précise.

Pouvez vous m'aider SVP dans ma recherches de plan, d'idées à ressortir dans les textes ?

Merci beaucoup à vous!

 

 
 
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