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Objet d'étude convaincre, persuader, délibérer

> CORPUS

1. J.-M. G. LE CLÉZIO, « Écrire est un art exigeant », article paru dans Le Magazine littéraire, février 1988.

2. J. SEMPRUN, E. WIESEL, Se taire est impossible, 200 1.

3. .V. HUGO, Les Rayons et les Ombres, 1840.

Texte 1 : Jean-Marie Le Clézio: « Écrire: un art exigeant », 1988

Interrogé par Gérard de Cortanze pour le Magazine littéraire Jean-Marie Le Clézio définit son travail d'écrivain comme une entreprise difficile et exigeante.

Il est très difficile de parler de ce qu'on écrit, parce qu'on écrit d'abord pour une raison qu'on ne comprend pas. Si on la comprenait peut-être arrêterait-on d'écrire... Écrire est un besoin... C'est à l'intérieur de vous-même, ça a besoin de sortir, et de sortir sous cette forme. Si vous modifiez ·la structure de ce que vous faites, il me semble qu'alors vous n 'aurez plus envie de continuer. Écrire n'est pas facile. Écrire est un art, qui demande beaucoup d'entraînement ; je veux dire, qui exige davantage que de connaître le dictionnaire de la langue française et la syntaxe de cette langue. Il faut avoir lu des auteurs, les avoir digérés, avoir éprouvé le besoin de faire mieux qu'eux [...]

Pour écrire une langue, il ne suffit pas d'un dictionnaire et d'une grammaire; il faut autre chose. C'est justement à ce moment que j'ai compris qu'il fallait autre chose, et que cette autre chose, c'était la gestation, la transsubstantiation la transmutation de ce qu'on recevait en lisant. Toute cette chimie qui s'opère en vue d'écrire ce qu'on a à écrire soi-même, c'est-à- dire, en quelque sorte, d'affirmer son existence, et ce qu'on est, à travers les Mots. [...] J'ai l'impression, parfois, d'avoir écrit énormément. Je me souviens d'un jour où je parlais avec Michel Butor [...]. et il me disait: « 0n écrit trop. » Alors, je pensais . « Est-ce que c'est vrai ? » Et cela m'inquiétait. Je me disais « je devrais brûler tout ce que j'ai écrit. Ce ne sont là que des choses inutiles . Un bon autodafé, rien de tel » Mais, réflexion faite, cela me donnait immédiatement un argument irréfutable : puisque tout ce que j'ai fait est inutile, il faut que je continue ; peut-être trouverais-je enfin quelque chose d'utile... J'en concluais qu'un écrivain est sans doute quelqu'un d'imparfait, qui n'est pas terminé, et qui écrit, justement, en vue de cette terminaison ; qui recherche inlassablement cette perfection.

Le Magazine Littéraire

Texte 2 Jorge Semprun, Élie Wiesel, Se taire est impossible, 2001

Elie Wiesel et Jorge Semprun ont vécu, chacun, l'expérience douloureuse des camps de concentration. Tous deux sont écrivains.

E.W :Se taire est interdit, parler est impossible. J'ai toujours eu peur de perdre la mémoire. Je sais que la mémoire est vulnérable. Elle s'émiette. Est-ce qu'il y a des choses que j'ai oubliées ? Est-ce qu'il y a des visages qui ne sont plus dans mon visage, dans mon regard ? Est-ce qu'il y a des gestes qui ne sont plus là, des gestes qui ne sont plus à ma portée ? Alors, comment faire? Comment faire pour tout dire, pour dire ce qu'il faut ? L'écrivain que je suis, et que tu es, ne peut pas ne pas se poser ces questions-là.

J.S :Moi, je parle de mon rapport à l'écriture en tant qu'écrivain. J'ai été obligé de me taire pendant quelque temps, quinze ans, pour survivre. C'est une expérience d'ailleurs assez générale. D'autres sont revenus à la vie en écrivant. Primo Levi. D'autres sont arrivés à la vie, parce qu'ils ont réussi à écrire vite.[...]

Mais alors, il m'arrive une chose particulière par rapport à la mémoire, par rapport à l'angoisse de l'oubli. Plus j'écris - trois livres ont un rapport direct avec l'expérience des camps, même si, dans les autres livres, il y a des références beaucoup plus indirectes, romanesques, disons, ce sont des personnages, ce n'est pas moi qui ai ce rapport-là -, plus j'écris, plus la mémoire me revient. C'est-à-dire qu'après ce dernier livre, j'ai encore plus de choses à dire qu'avant de commencer le premier. Comme si l'oubli avait été si profond qu'il fallait le travail de l'écriture, de la mémoire volontaire, de la recherche volontaire dans le passé, des images, des souvenirs, des visages, des anecdotes, même des sensations, elles reviennent. De là ma théorie que c'est une écriture inépuisable, à la fois impossible et inépuisable. On ne peut pas dire, mais on n'aura jamais tout dit. On peut dire à chaque fois davantage.

E.W :Dernièrement, j'ai écrit dans mes rêves. Je rêve de plus en plus de cette période-là. Au commencement, pendant la guerre, on rêvait d'autre chose, de nourriture, de paix. Chez moi, je rêvais de shabbat, de fêtes juives, de ma famille. Ensuite, après la Libération, c'était différent. Et maintenant, de plus en plus, presque chaque nuit, une sorte de cauchemar. Je me trouve là-bas. Le matin, je me lève et j'écris très vite ce qui me reste de ces rêves-là. Parce qu'en vérité, tout ne sera pas dit.

J.S : L'écriture aussi réveille la mémoire et réveille l'angoisse forcément. La thérapie de l'oubli a joué un rôle apaisant pendant cette période.. La projection dans la politique a joué un autre rôle, parce que c'est l'illusion de l'avenir, en tout cas la politique communiste, puis l'échec de cette illusion ramène à l'écriture, à la mémoire. Et plus j'écris, plus la mémoire est là mais plus l'angoisse revient aussi, bien entendu...

E.W: Finalement tout ça pour moi se résume en ceci: nous avons découvert le Mal absolu. Et pas le Bien absolu. Comment faire, donc, pour que les jeunes qui nous font la grâce de nous lire ou de nous écouter ne tombent pas dans le désespoir ? Comment faire pour leur dire que, quand-même, il est donné à l'homme d'avoir cette soif de l'absolu dans le Bien et pas seulement dans le Mal.

1001 nuits

Texte 3: Victor Hugo, Les Rayons et les Ombres, 1840

Dieu le veut, dans les temps contraires

Chacun travaille et chacun sert,

Malheur à qui dit à ses frères:

Je retourne dans le désert !

Malheur à qui prend ses sandales

Quand les haines et les scandales

Tourmentent le peuple agité !

Honte au penseur qui se mutile

Et s'en va, chanteur inutile,

Par la porte de la cité !

Le poète en des jours impies

vient préparer des jours meilleurs.

Il est l'homme des utopies,

Les pieds ici, les yeux ailleurs.

C'est lui qui sur toutes les têtes,

En tout temps, pareil aux prophètes

Dans sa main, où tout peut tenir,

Doit, qu'on l'insulte ou qu'on le loue,

Comme une torche qu'il secoue,

Faire flamboyer l'avenir !

Il voit, quand les peuples végètent !

Ses rêves, toujours pleins d'amour,

Sont faits des ombres de qui jettent

Les choses qui seront un jour..

On le raille... Qu'importe ! il pense.

Plus d'une âme inscrit en silence

Ce que la foule n'entend pas.

Il plaint ses contempteurs frivole;

Et maint faux sage à ses paroles

Rit tout haut et songe tout bas !....

Peuples ! écoutez le poète !

Ecoutez le rêveur sacré !

Dans votre nuit, sans lui complète,

Lui seul a le front éclairé.

Des temps futurs perçant les ombres,

Lui seul distingue en leurs flancs sombres

Le germe qui n'est pas éclos.

Homme, il est doux comme une femme

Dieu parle à voix basse à son âme

Comme aux forêts et comme aux flots.

C'est lui qui malgré les épines,

L'envie et la dérision,

Marche, courbé dans vos ruines,

Ramassant la tradition.

De la tradition féconde

Sort tout ce qui couvre le monde,

Tout ce qui couvre le monde,

Tout ce que le ciel peut bénir.

Toute idée, humaine ou divine,

qui prend le passé pour racine

A pour feuillage l'avenir.

Il rayonne !il jette sa flamme

Sur l'éternelle vérité !

Il la fait resplendir pour l'âme

D'une merveilleuse clarté.

Il inonde de sa lumière

Ville et désert, Louvre et chaumière,

Et les plaines et les hauteurs;

A tous d'en haut il la dévoile ;

Car la poésie est l'étoile

Qui mène à Dieu rois et pasteurs.

Questions (4 pts)

Reformulez d'après les textes du corpus la réponse que pourrait exprimer chacun de ces quatre écrivains à la question : "Pourquoi écrire?"

Travail d'écriture: (16pts)

I-Commentaire

Vous commenterez les quatre premières strophes du poème de V.Hugo, de "Dieu le veut" à "comme aux flots".

II-Dissertation

En vous appuyant sur les textes du corpus et sur des exemples variés de lectures, vous direz dans quelle mesure, selon vous, le travail de l'écrivain est utile, et même indispensable, pour lui-même comme pour la société.

III-Ecrit d'invention

Deux interlocuteurs confrontent leurs points de vue sur la littérature.

Pour l'un, toute oeuvre littéraire, même si elle appartient au passé, parle aux hommes d'aujourd'hui. Pour l'autre, une oeuvre littéraire ne peut être comprise et appréciée que par des lecteurs contemporains de l'auteur.

J'ai du mal a trouver un plan pour le commentaire. Donc c'est pour ça je voudrais prendre l'écriture d'invention mais je n'y arrive pas vraiment non plus. J'ai besoin de votre aide. & aussi pour la question.

Merci d'avance

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