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Le baroque

Comment définir le baroque ? Certains ont contesté la pertinence de la notion elle-même, trop extensible. Nous pensons pourtant qu'elle est utile historiquement, même si elle est rebelle à toute réduction. Le baroque a été un mouvement protéiforme relevant à la fois de l'art, de la littérature, d'une vision du monde et d'une compréhension de l'homme. Ce mouvement a essaimé dans toute l'Europe, durant près de cent cinquante ans, avec des variations régionales importantes; il s'est répandu sur d'autres continents, notamment en Amérique du sud, par les missions. On peut l'approcher à travers deux aspects caractéristiques : l'exaltation du mouvement et le jeu des apparences.

L'ange aux ailes déployées, qu'une pointe de pied à peine tient au sol; l'eau qui fuse en jets, s'évase en corolles, s'écoule invisible et bruissante; la façade d'une église qui se creuse et s'enfle, la pierre imitant la vague… Autant de figures dynamiques que l'art baroque a aimées. Elles ont leurs équivalents dans le goût des contrastes, des surprises, des élévations et des chutes, qui peuvent composer un art du langage. Mais aussi dans ces mouvements du cœur que sont les émotions, les passions; l'inconstance est un thème baroque : qu'on pense à Don Juan dans les versions XVIIe siècle du personnage. - Et quant aux apparences, le théâtre est pour l'esprit baroque une ressource inépuisable : le monde est un théâtre sur lequel les hommes jouent; le trompe-l'œil règne, les décors apportent l'illusion, la vie est un songe; chacun porte un masque, et les travestissements de tous ne sont interrompus que par la mort, grande maîtresse et seule vérité, obsession de l'époque baroque.

Il y a un baroque littéraire européen, particulièrement vivace dans l'Espagne du Siècle d'or, mais présent aussi dans la France du XVIIe siècle. On peut y rattacher le roman pastoral (L'Astrée, 1607 - 1627, d'Honoré d'Urfé) et ces romans héroïques qu'on appelle les "grands romans", que le public appréciait beaucoup (Clélie, histoire romaine, 1654 - 1660, de Mlle de Scudéry). Mais c'est surtout le théâtre et la poésie qui furent les genres propices au baroque. Le théâtre du premier XVIIe siècle donne des pièces admirables : Rotrou (Le Véritable Saint-Genest, 1645), Tristan l'Hermite (La Marianne, 1636), le jeune Corneille (Médée, 1635, L'Illusion comique, 1636) - et l'on peut soutenir qu'il y a du baroque dans Racine, au-delà de la question des trop fameuses règles. La poésie française des années 1580 - 1630 compte de nombreux poètes qui se rattachent au baroque (on parle parfois de maniérisme). Jean Rousset et Jean Serroy ont pu tous deux proposer des anthologies différentes de la poésie baroque française, remplies de textes remarquables.

8-) cris

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