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Jean Giono, Les âmes Fortes (1950)


Tite-3toil3

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Les premiers jours de printemps, quand tout d' un coup il fait bon sauter, il donna même une petite fête à ses ouvriers, dans une prairie éloignée des tanneries. Il avait dit: " Vous pourriez inviter qui vous voudrez." Il n'y eut, bien entendu, que des gens du commun. Mais, de ceux-là, il y en eut beaucoup. Monsieur Carluque, sans sa femme, vint un petit moment au bal et dansa avec des ouvrières. Quelques-uns de ses gens le poussèrent à monter sur l' estrade des musiciens. Alors, il dit qu'il était loin de s' attendre à cet honneur et qu'il ne savait pas quoi leur dire à part l' affection fraternelle qu'il portait à tous. Qu'il ne voulait pas interrompre la fête. Comme là-dessus il voulait sauter de l' estrade, ses vieux ouvriers, qui devaient être dans le secret, l'obligèrent à rester à sa chaire. Alors, il parla de prospérité, de sa prospérité, de leur prospérité, de la prospérité de l' entreprise Carluque, de la prospérité des entreprises bien menées, de la sécurité que les ouvriers avaient dans une entreprise dont le patron assurait la prospérité. Qu'arriverait-il, par exemple, si lui, Carluque, fermait ses tanneries par manque de prospérité? Et il fit un tableau des misères qui s' ensuivraient.

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