Manzanita Posté(e) le 23 décembre 2004 Signaler Posté(e) le 23 décembre 2004 Femme et chatte Elle jouait avec sa chatte, Et c'était merveille de voir La main blanche et la blanche patte S'ébattre dans l'ombre du soir. Elle cachait - la scélérate ! - Sous ces mitaines de fil noir Ses meurtriers ongles d'agate, Coupants et clairs comme un rasoir. L'autre aussi faisait la sucrée Et rentrait sa griffe acérée, Mais le diable n'y perdait rien... Et dans le boudoir où, sonore, Tintait son rire aérien, Brillaient quatre points de phosphore. (verlaine 1866) Une grande dame Belle " à damner les saints " , à troubler sous l'aumusse Un vieux juge ! Elle marche impérialement. Elle parle - et ses dents font un miroitement - Italien, avec un léger accent russe. Ses yeux froids où l'émail sertit le bleu de Prusse Ont l'éclat insolent et dur du diamant. Pour la splendeur du sein, pour le rayonnement De la peau, nulle reine ou courtisane, fût-ce Cléopâtre la lynce ou la chatte Ninon, N'égale sa beauté patricienne, non ! Vois, ô bon Buridan : " C'est une grande dame ! " Il faut - pas de milieu ! - l'adorer à genoux, Plat, n'ayant d'astre aux cieux que ses lourds cheveux roux Ou bien lui cravacher la face, à cette femme ! (Paul Verlaine 1866) Un dahlia Courtisane au sein dur, à l'oeil opaque et brun S'ouvrant avec lenteur comme celui d'un boeuf, Ton grand torse reluit ainsi qu'un marbre neuf. Fleur grasse et riche, autour de toi ne flotte aucun Arôme, et la beauté sereine de ton corps Déroule, mate, ses impeccables accords. Tu ne sens même pas la chair, ce goût qu'au moins Exhalent celles-là qui vont fanant les foins, Et tu trônes, Idole insensible à l'encens. - Ainsi le Dahlia, roi vêtu de splendeur, Elève sans orgueil sa tête sans odeur, Irritant au milieu des jasmins agaçants ! (Verlaine 1866) En quoi l'évocation des femmes décrites et la suggestion des sentiments du poète justifient-elles le rapprochement de ces trois poèmes?
E-Bahut Vanderbick Posté(e) le 23 décembre 2004 E-Bahut Signaler Posté(e) le 23 décembre 2004 Pourrais-tu nous avancer tes idées, afin que nous puissions voir ce qui est faux ou ce qui doit être approfondi? Merci. (P.S: très original, ton avatar! )
E-Bahut experiment Posté(e) le 23 décembre 2004 E-Bahut Signaler Posté(e) le 23 décembre 2004 Bonsoir Le mieux dans ce genre de travail est de faire un mini (très mini) commentaire de chaque texte afin d'en dégager l'essentiel. Cela facilitera ton travil. Bon courage
Manzanita Posté(e) le 27 décembre 2004 Auteur Signaler Posté(e) le 27 décembre 2004 femme et chatte: I- L'histoire d'Antoine et Cléopâtre Verlaine ne fut pas le seul à s'intéresser à l'histoire de Cléopâtre, cette reine d'Égypteà la beauté et à l'intelligence extraordinaire et qui se suicida dans sa fuite avec Antoine après avoir été renversée de son trône par Octave. Verlaine reprendra deux poèmes plus loin le même thème dans "Une grande dame" dans lequel Cléopâtre belle "à damner les saints" est qualifiée de lynce probablement en raison de sa clairvoyance. Verlaine parle de la chatte Ninon. Dans ce sonnet irrégulier d'octosyllabes, deux quatrains à rimes croisées suivis de deux tercets fusionnés, Verlaine se montre particulièrement violent envers les femmes, des "fleurs du mal" séduisantes, exigeantes en amour, cruelles, armées d'ongles meurtriers, perverses. Une attitude ambiguë, choquante faite de désirs inassouvis, de fantasmes et de violence qui atteindra son paroxysme dans "une grande dame" avec l'invective brutale "qu'on lui cravache la face, à cette femme". Toute l'argumentation envers la féminité se traduit par l'opposition entre le noir et le blanc réunies cependant à la fin dans une sorte de lumière commune étincelante, le phosphore. II- Une satire, une dénonciation de la perversion et de la cruauté féminine. Elle cachait, "la scélérate", au début du second quatrain donne le ton, la femme est coupable de crimes qu'elles a commis ou qu'elle avait seulement l'intention de commettre, la femme serait perfide, elle aurait une fâcheuse tendance à manquer à sa parole, à mentir pour parvenir à ses foins. Verlaine n'a pas confiance dans les femmes, elles mentent. Sous l'apparence d'un jeu bien innocent, plein de tendresse et d'amour entre une femme et un chat, Verlaine à travers le personnage de Cléopâtre, reine intrigante, capable de toutes les ruses pour se maintenir sur son trône convoité par son frère nous dresse un tableau général sassez sombre du comportement féminin. Sous les mitaines de fil noir, des attributs d'élégance réservés aux reines ou à la la bourgeoisie, empreints de beauté, et de douceur, se cachent des ongles meurtriers. On appréciera l'ironie dans la phrase car les mitaines laissent généralement découvertes les dernières phalanges avec les ongles,et ne les cachent donc pas. Ces ongles très dur, d'agate, deviennent des griffes, des artifices meurtriers, coupant comme des lames d'un rasoir. Il y a un parallélisme constant, une opposition entre le chat, un animal familier qui se laisse caresser par plaisir et la femme ici assimilée à un lynx, un animal plus gros et sauvage avec des instincts criminels. III-La diabolisation de la femme Verlaine rêve d'une femme idéale, une consolatrice capable de combler le manque existentiel dont il a pris conscience. La femme qu'il imagine, qu'il idéalise, ce rêve familier évoque un monde idéal qui l'habite mais dont il connaîtl'irréalité, d'on son immense frustration. Il y a sans doute beaucoup de la provocation d'un jeune débutant en poésie d'utiliser la veine rebattue de la misogyniecherchant par cette différence à choquer le lecteur, à l'apostropher. Il y a cependant chez Verlaine, poète hirsute et mal habillé, envers les "femmes jolies" une jalousie, une haine même que l'on constate dès le début du recueil. Il voit dans la beauté de la femme, de la froideur et une distanciation, une inaccessibilité. La pureté, la blancheur qui se retrouvent dans la main de la femme et dans la patte du chat est devenue noire avec le gant. Pour Verlaine, l'amour c'est d'abord l'instinct, le désir brutal, qu'entraîne l'envoûtement de la beauté. Chez notre poète l'amour est nostalgie parce que, maladroit, informulé et frustrant. On retrouve dans ce poème la même présentation de la femme que chez Baudelaire dans les fleurs du Mal, la femme lascive, ici caressant son chat, objet de plaisir mais aussi une menace, c'est une scélérate pour le poète, et un danger. A l'inverse d'un poète comme Eluard qui encense la femme, muse lumineuse, on a ici l'image d'une femme diabolique, intrigante qui complote pour assouvir ses passions, qui calcule. Mais toutes les femmes ne sont pas des Cléopâtres et n'ont pas d'arrière-pensées funestes pour assurer leur pouvoir. La fin du poème nous éclaire que dans les boudoirs, ces pièces intimes des habitations, le diable n'est jamais très loin, dans l'obscurité son œil pétille de satisfaction comme celui du chat brille dans la nuit, quatre points de phosphore. Conclusion Les belles femmes ont souvent été vues par Verlaine comme des idoles inaccessibles et froides et leur beauté l'a souvent irrité. Il avait une préférence pour les courtisanes massives, les "dahlias", ces fleurs sans parfum, sans fard, naturelles. Mais les rapports de Verlaine avec l'amour et la femme ont toujours été très ambigus, souvent provocants, violents. Ce n'est donc pas pour rien que ce poème débute la section "Caprices" du recueil "Poèmes Saturniens" et l'on veut croire que c'en est un.
E-Bahut Vanderbick Posté(e) le 27 décembre 2004 E-Bahut Signaler Posté(e) le 27 décembre 2004 Après lecture des 3 poèmes et du commentaire de "Femme et Chatte", on peut noter que Verlaine préfère la beauté des dahlias (dans le poèmes "dahlia"), à celle, froide, des idoles ineccesibles telle Cléopatre dans ses deux poèmes "Femme et Chatte" et "Une grande dame". Ainsi, le rapprochement des trois poèmes permet de ditinguer la conception de la beauté féminine chez Verlaine, qui est personnifiée par les dahlias, et qu se trouve aux antipodes de celle de Cleopatre.
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