Manzanita Posté(e) le 15 novembre 2004 Signaler Posté(e) le 15 novembre 2004 La Cigale et la Fourmi La Cigale, ayant chanté Tout l'été, Se trouva fort dépourvue Quand la bise fut venue : Pas un seul petit morceau De mouche ou de vermisseau. Elle alla crier famine Chez la Fourmi sa voisine, La priant de lui prêter Quelque grain pour subsister Jusqu'à la saison nouvelle. "Je vous paierai, lui dit-elle, Avant l'Oût, foi d'animal, Intérêt et principal. " La Fourmi n'est pas prêteuse : C'est là son moindre défaut. Que faisiez-vous au temps chaud ? Dit-elle à cette emprunteuse. - Nuit et jour à tout venant Je chantais, ne vous déplaise. - Vous chantiez ? j'en suis fort aise. Eh bien! dansez maintenant. LA FONTAINE, Fables, I, 1 (1668) La cigale La cigale ayant chanté Tout l’été, Dans maints casinos, maintes boîtes Se trouva fort bien pourvue Quand la bise fut venue. Elle en avait à gauche, elle en avait à droite, Dans plusieurs établissements. Restait à assurer un fécond placement. Elle alla trouver un renard, Spécialisé dans les prêts hypothécaires Qui, la voyant entrer l’œil noyé sous le fard, Tout enfantine et minaudière, Crut qu’il tenait la bonne affaire. « Madame, lui dit-il, j’ai le plus grand respect Pour votre art et pour les artistes. L’argent, hélas ! n’est qu’un aspect Bien trivial, je dirais bien triste, Si nous n’en avions tous besoin, De la condition humaine. L’argent réclame des soins. Il ne doit pourtant pas, devenir une gêne. À d’autres qui n’ont pas vos dons de poésie Vous qui planez, laissez, laissez le rôle ingrat De gérer vos économies, À trop de bas calculs votre art s’étiolera. Vous perdriez votre génie. Signez donc ce petit blanc-seing Et ne vous occupez de rien. » Souriant avec bonhomie, « Croyez, Madame, ajouta-t-il, je voudrais, moi, Pouvoir, tout comme vous, ne sacrifier qu’aux muses ! » Il tendait son papier. « Je crois que l’on s’amuse », Lui dit la cigale, l’œil froid. Le renard, tout sucre et tout miel, Vit un regard d’acier briller sous le rimmel. « Si j’ai frappé à votre porte, Sachant le taux exorbitant que vous prenez, C’est que j’entends que la chose rapporte. Je sais votre taux d’intérêt. C’est le mien. Vous l’augmenterez Légèrement, pour trouver votre bénéfice. J’entends que mon tas d’or grossisse. J’ai un serpent pour avocat. Il passera demain discuter du contrat. » L’œil perdu, ayant vérifié son fard, Drapée avec élégance Dans une cape de renard (Que le renard feignit de ne pas avoir vue), Elle précisa en sortant : « Je veux que vous prêtiez aux pauvres seulement… » (Ce dernier trait rendit au renard l’espérance.) « Oui, conclut la cigale au sourire charmant, On dit qu’en cas de non-paiement D’une ou l’autre des échéances, C’est eux dont on vend tout le plus facilement. » Maître Renard qui se croyait cynique S’inclina. Mais depuis, il apprend la musique. Jean Anouilh, Fables (1962) Un héros sauva une fée d’un grave danger. La fée, reconnaissante, lui dit : « Demande-moi ce que tu veux, tu l’obtiendras. » Sans hésiter, le héros répondit: « Donne-moi la gloire! » La fée lui offrit de l’or : « Avec ceci, il te sera plus facile de te la procurer. » Le héros réfléchit, puis dit : « Eh bien, donne-moi l’amour. » La fée répéta le même geste: « Ceci te procurera autant d’amour que tu veux. — Si gloire et amour sont de l’or, déclara le héros, je ne veux ni gloire ni amour. Le bonheur paisible me suffirait, la vie contemplative. Garantis-la moi. —Fou que tu es ! s’exclama la fée en souriant. Prends cet or, car il en faut même pour la seule contemplation. » Italo Svevo, F a b l e s il faut que j'invente une fable ayant une morale contraire a celle du texte d'Italo Svevo et le même registre que la fable d'Anouilh ... donnez moi des idées svp!
E-Bahut clems Posté(e) le 15 novembre 2004 E-Bahut Signaler Posté(e) le 15 novembre 2004 je t'en donne une autre pour compliquer la tâche, Tristan Corbière (décidément): A Marcelle - La cigale et le poète Le poète ayant chanté, Déchanté, Vit sa Muse, presque bue, Rouler en bas de sa nue De carton, sur des lambeaux De papiers et d'oripeaux. Il alla coller sa mine Aux carreaux de sa voisine, Pour lui peindre ses regrets D'avoir fait - Oh : pas exprès ! - Son honteux monstre de livre !... - " Mais : vous étiez donc bien ivre ? - Ivre de vous !... Est-ce mal ? - Écrivain public banal ! Qui pouvait si bien le dire... Et, si bien ne pas l'écrire ! - J'y pensais, en revenant... On n'est pas parfait, Marcelle... - Oh ! c'est tout comme, dit-elle, Si vous chantiez, maintenant ! "
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