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Girodo45

Molière, Le Malade imaginaire

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Bonjour,

 

je dois faire un commentaire d'un passage du Malade imaginaire. Je n'ai pas confiance en ce que je peux produire alors j'aimerais savoir si mes idées sont bonnes et s'il y a des apects du texte dont je n'ai pas traités.

Voici le passage

Thomas Diafoirus s'adresse à Angélique.

 

Mademoiselle, ne plus ne moins que la statue de Memnon rendait un son harmonieux lorsqu'elle venait à être éclairée des rayons du soleil, tout de même me sens-je animé d'un doux transport à l'apparition du soleil de vos beautés et, comme les naturalistes remarquent que la fleur nommée héliotrope tourne sans cesse vers cet astre du jour, aussi mon coeur dores-en-avant tournera-t-il toujours vers les astres resplendissants de vos yeux adorables, ainsi que vers son pôle unique. Souffrez donc, mademoiselle, que j'appende aujourd'hui à l'autel de vos charmes l'offrande de ce coeur qui ne respire et n'ambitionne autre gloire que d'être toute sa vie, mademoiselle, votre très humble, très obéissant, et très fidèle serviteur et mari.

 

Topos de la déclaration d'amour en littérature. Mais ici une parodie. Déclaration d'amour est censée être naturelle et spontanée. Spontanéité qui fait défaut au texte.

Plutôt un texte appris, récité. Cela se voit dans la forme: forme d'une récitation. Longues phrases, tournures pensées, calculées. "Moidemoiselle," cette virgule qui marque une pose me fait penser à une récitation en poésie. Lorsqu'on récite un poète, on renseigne toujours le titre vant de véritablement commencer.

Références antiques savantes à statue grecque. Comparaison statue grecque à la beauté d' Angélique, mais on a l'impression que la référence occupe une place plus importante que la preuve de la beauté de la femme. Aussi décalration maladroite. Accumulation de locutions adverbiales lourdes pour effectuer les comparaisons. Métaphore usée du soleil. Répétition, soleil, astre. Référence savante, terme scientifique héliotrope. Aussi on voit que la référence savante est toujours mise en valeur. Dordinaire, lorsqu'on fait une comparaison élogieuse, le comparé (la femme, Angélique) est avant le comparant (la statue, la fleur): on dit plus naturellement vos yeux sont comme... et non l'inverse. Aussi déploiement d'explication, de précisions savantes (une fleur nommée, qui se tourne sans cesse = considérations qui nous font penser à un cours de biologie, introduction d'une nécessité logique avec la mention des naturalistes: naturalistes ont énoncé une loi, de ce fait M. Doifoirus aussi se tournera vers les yeux....). Ce qui nous fait penser à une leçon, ou bien une démonstration = les connecteurs logiques, de même, et, donc

Quelque chose que j'ai du mal à trouver : est-ce que la forme dores-en-avant était une expression souvent usitée dans la langue de Molière ou encore un tour savant de Thomas Diafoirus? De même pour le verbe "appendre"?

Enfin la dernière pharse me semble particulièrement lourde: très longue... j'y vois une conglobation : superlatif, virgules qui retardent le "fidèle mari" = chute calculée par Diafoirus...

Pourrait- on parler de parodie?

Je ne connais pas vraiment le topos de la déclaration d'amour en littérature mais celle- ci me semble être tout à fait comique.

 

Merci d'avance

 

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Absolument comique : Thomas Diafoirus est un sot pédant. Peut-on parler de parodie ? Oui car à la bêtise se joint la parodie du discours précieux...

Le 02/12/2018 à 18:54, Girodo45 a dit :

dores-en-avant

Dores-en-avant est une forme déjà vieillie au XVII° siècle pour dorénavant. Thomas veut faire "lettré" - thomas ou celui qui lui a rédigé son compliment...

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C'est un charabia de termes précieux, pseudo-scientifiques , qui n'ont aucun point commun avec une quelconque sincérité . Le fils Diafoirus a appris par coeur sa déclaration , dictée par   son père et se trompe même de destinataire : il  récite son  discours  à la belle -mère d'Angélique . Comique grotesque qui dénonce la pédanterie du langage amoureux et celui  du langage médical de l'époque .C'est  bien sûr , une parodie , comme Molière en a l'habitude ( cfr " le sonnet d'Oronte " , dans "Le Misanthrope")

Comme chez Ionesco, "La Cantatrice chauve" , le langage tourne à vide et n'exprime plus la pensée . 

Votre analyse me semble très pertinente . Bon courage . 

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Merci!

Est-ce que vous connaitriez d'autres exemples de délcaration d'amour au théâtre au 17e? Déclaration précieuse. Je connais surtout le théâtre du 19e théâtre romantique. Parce que je suppose qu'on peur vraiement parler de topos.

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Ca pullule ! Chez Molière , quand Don Juan séduit par son  langage les deux campagnardes , par exemple . Lieu commun ? peut-être , issu de la préciosité .  Et dans "L'avare "  , et dans "Tartuffe" ( Tartuffe à Elmire) . Mais je pense que ce lieu commun , si c'en est un ,  n'existe que dans les comédies , non dans les tragédies .

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