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Dissertation


melalb

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Bonjour,

J'aimerai savoir si il est possible de m'aider sur ma dissertation de français.

Je vous tape le sujet tel qu'il est.

 

Corpus A: l'autorité parentale.

Texte 1: Roméo et Juliette, acte III, scène 5 Shakespeare

Présentation: Les Capulet veulent marier leur fille, Juliette,, contre son gré. Elle vient d'épouser secrètement Roméo.

La tyrannie du père

Lady Capulet. – Oui, messire ; mais elle refuse ; elle vous remercie. La folle ! je voudrais qu'elle fût mariée à son linceul !...

Capulet. – Doucement, je n'y suis pas, je n'y suis pas, femme. Comment ! elle refuse ! elle nous remercie et elle n'est pas

fière, elle ne s'estime pas bien heureuse, tout indigne qu'elle est, d'avoir, par notre entremise, obtenu pour mari un si digne gentil-

homme !

Juliette. – Je ne suis pas fière, mais reconnaissante ; fière,

je ne puis l'être de ce que je hais comme un mal. Mais je suis re-

connaissante du mal même qui m'est fait par amour.

Capulet. – Eh bien, eh bien, raisonneuse, qu'est-ce que cela signifie ? Je vous remercie et je ne vous remercie pas... Je suis

fière et je ne suis pas fière !...

Mignonne donzelle, dispensez-moi de vos remerciements et de vos fiertés, et préparez vos fines jambes pour vous rendre jeudi prochain à l'église Saint Pierre en compagnie de Pâris ; ou je t'y traînerai sur la claie, moi ! Ah ! livide charogne ! ah ! bagasse ! Ah ! face de suif !

Lady Capulet. – Fi, fi ! perdez-vous le sens ?

Juliette,s'agenouillant. – Cher père, je vous en supplie à genoux, ayez la patience de m'écouter ! Rien qu'un mot ! 

Capulet. – Au diable, petite bagasse ! misérable révoltée ! Tu m'entends, rends-toi à l'église jeudi, ou évite de me rencontrer jamais face à face : ne parle pas, ne réplique pas, ne me réponds pas ; mes doigts me démangent... Femme, nous croyions notre union pauvrement bénie, parce que Dieu ne nous avait prêté que cette unique enfant ; mais, je le vois maintenant, cette enfant unique était déjà de trop, et nous avons été maudits en l'ayant. Arrière, éhontée !

La Nourrice. – Que le Dieu du ciel la bénisse ! Vous avez tort, monseigneur, de la traiter ainsi.

Capulet. – Et pourquoi donc, dame Sagesse ?... Retenez votre langue, maîtresse Prudence, et allez bavarder avec vos commères.

La Nourrice. – Ce que je dis n'est pas un crime.

Capulet. – Au nom du ciel, bonsoir !

La Nourrice. – Peut-on pas dire un mot ?

Capulet. – Paix, stupide radoteuse ! Allez émettre vos sentences en buvant un bol chez une commère, car ici nous n'en avons pas besoin.

Lady Capulet. – Vous êtes trop brusque.

Capulet. – Jour de Dieu ! j'en deviendrai fou. Le jour, la nuit, à toute heure, à toute minute, à tout moment, que je fusse occupé ou non, seul ou en compagnie, mon unique souci a été de la marier ; enfin je trouve un gentilhomme de noble lignée, ayant de beaux domaines, jeune, d'une noble éducation, pétri, comme on dit, d'honorables qualités, un homme aussi accompli qu'un cœur peut le souhaiter, et il faut qu'une petite sotte pleurnicheuse, une poupée gémissante, quand on lui offre sa fortune, réponde : Je ne veux pas me marier je ne puis aimer je suis trop jeune, je vous prie de me pardonner !Ah ! si vous ne vous mariez pas, vous verrez comme je vous pardonne ; allez paître où vous

voudrez, vous ne logerez plus avec moi. Faites-y attention, songez-y, je n'ai pas coutume de plaisanter. Jeudi approche ; mettez la main sur votre cœur, et réfléchissez. Si vous êtes ma fille, je vous donnerai à mon ami ; si tu ne l'es plus, va au diable, mendie, meurs de faim dans les rues. Car,sur mon âme, jamais je ne te reconnaîtrai, et jamais rien de ce qui est à moi ne sera ton bien. Compte là-dessus, réfléchis, je tiendrai parole. (Il sort.)

 

Juliette. – N'y a-t-il pas de pitié, planant dans les nuages, qui voie au fond de ma douleur ? Ô ma mère bien-aimée, ne me rejetez pas,ajournez ce mariage d'un mois, d'une semaine ! Sinon, dressez le lit nuptial dans le sombre monument où Tybalt repose !

 

Lady Capulet. – Ne me parle plus, car je n'ai rien à te dire ; fais ce que tu voudras, car entre toi et moi tout est fini. (Elle sort.)

Texte2: Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes, 2è partie (1754)

Présentation: Réflexion originale sur l'autorité paternelle.

 

Quand à l'autorité paternelle... il suffit de remarquer que rien au monde n'est plus éloigné de l'esprit féroce de despotisme que la douceur de cette autorité qui regarde plus à l'avantage de celui qui obéit qu'à l'utilité de  celui qui commande, que par la loi de nature le père n'est le maître de l'enfant qu'aussi longtemps que son secours lui est nécessaire, qu'au delà de ce terme ils deviennent égaux et qu'alors le fils, parfaitement indépendant du père, ne lui doit que du respect, et non l’obéissance; car la reconnaissance est bien un devoir qu'il faut rendre, mais non pas un droit qu'on puisse exiger.

 

Texte 3: Poils de Carotte (1894)  Jules RENARD

Présentation:Récit touchant et distancié fait par un personnage, à la fois enfant et victime: Poils de Carotte.

 

M. Lepic arrive de Paris ce matin même. Il ouvre sa malle. Des cadeaux en sortent pour grand frères Félix et sœur Ernestine, de beaux cadeaux, dont précisément (comme c’est drôle !) ils ont rêvé toute la nuit. Ensuite M. Lepic, les mains derrière son dos, regarde malignement Poil de Carotte et lui dit :

— Et toi, qu’est-ce que tu aimes le mieux : une trompette ou un pistolet ?

En vérité, Poil de Carotte est plutôt prudent que téméraire. Il préférerait une trompette, parce que ça ne part pas dans les mains ; mais il a toujours entendu dire qu’un garçon de sa taille ne peut jouer sérieusement qu’avec des armes, des sabres, des engins de guerre. L’âge lui est venu de renifler de la poudre et d’exterminer des choses. Son père connaît les enfants : il a apporté ce qu’il faut.

— J’aime mieux un pistolet, dit-il hardiment, sûr de deviner.

Il va même un peu loin et ajoute :

— Ce n’est plus la peine de le cacher ; je le vois !

— Ah ! dit M. Lepic embarrassé, tu aimes mieux un pistolet ! tu as donc bien changé ?

Tout de suite Poil de Carotte se reprend :

— Mais non, va, mon papa, c’était pour rire. Sois tranquille, je les déteste, les pistolets. Donne-moi vite ma trompette, que je te montre comme ça m’amuse de souffler dedans.

 
Madame Lepic

— Alors pourquoi mens-tu ? pour faire de la peine à ton père, n’est-ce pas ? Quand on aime les trompettes, on ne dit pas qu’on aime les pistolets, et surtout on ne dit pas qu’on voit des pistolets, quand on ne voit rien. Aussi, pour t’apprendre, tu n’auras ni pistolet ni trompette. Regarde-la bien : elle a trois pompons rouges et un drapeau à franges d’or. Tu l’as assez regardée. Maintenant, va voir à la cuisine si j’y suis ; déguerpis, trotte et flûte dans tes doigts.

 

Tout en haut de l’armoire, sur une pile de linge blanc, roulée dans ses trois pompons rouges et son drapeau à franges d’or, la trompette de Poil de Carotte attend qui souffle, imprenable, invisible, muette, comme celle du jugement dernier.

 

 

 

Sujet de dissertation: Vous vous interrogerez sur les fondements  d'une autorité juste, à partir des textes proposés.

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  • 3 semaines plus tard...

Bonjour,

Mon introduction est la suivante:

Qu'est ce que l'autorité juste? Le mot autorité faut souvent référence à nos parents, à nos enseignants mais pas que.Quand on parle d'autorité on pense de suite aux sanctions, punitions. Mais tout autorité est synonyme de respect. Dans les trois textes nous parlons de l'autorité parentales que je décrirais dans un premier temps et puis en second je développerai l'autorité juste.

 

I- autorité parentale

II- autorité juste

 

Merci de votre aide

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Bonjour,

Plutôt que "...mais pas que.", tu devrais écrire plus élégamment : "...mais pas seulement."

Toute autorité est synonyme de respect ? Tu le penses vraiment, ou c'est pour rire ? Ou pour rester politiquement correcte ? Mon dictionnaire donne comme définition première de l'autorité : "Pouvoir de se faire obéir". Comme tout le monde, dans ma vie, j'ai obéi à des gens pour lesquels je n'avais absolument aucun respect et que je méprisais profondément (et c'était bien réciproque). Simplement, ils avaient les moyens de se faire obéir. Était-ce juste ? Pas juste ? Je ne sais pas. On pourrait dire que l'autorité est juste lorsqu'on la comprend et qu'on l'accepte. Et encore... En y réfléchissant mieux, l'autorité en soi n'est ni juste ni injuste. C'est plutôt l'abus de pouvoir, la nature des ordres donnés ou les sanctions injustifiées qui peuvent l'être. À l'époque lointaine où j'étais à l'école et même au collège, on pratiquait sans état d'âme la punition collective. Le maître, le professeur, disait : "Si celui qui a fait ça ne se dénonce pas, je punis toute la classe". Généralement, le coupable ne se dénonçait pas - personne n'aurait commis l'ignominie de le dénoncer - et toute la classe était punie, ce qui peut sembler aujourd'hui profondément injuste. Et pourtant... je n'ai pas souvenir de sentiment d'injustice. Après tout, en réfléchissant bien, peut-être nous sentions-nous confusément complices ? Et cette sanction avait au moins un côté positif : elle nous unissait, elle soudait notre groupe. Solidaires dans l'épreuve, nous restions solidaires dans les bons moments.

Tiens, pour rire, cette histoire d'autorité juste me fait penser à Topaze, la pièce de Marcel Pagnol. Topaze, professeur doté d'une haute conscience morale, expose à ses collègues Tamise et Panicault le problème qu'il rencontre avec un élève qui fait sonner une boîte à musique en classe et qu'il n'arrive pas à repérer :

TOPAZE : J’ai tout essayé. Allusion, dans mes cours de morale, à la grave responsabilité de l’enfant qui gêne le travail de ses camarades ; objurgations directes au délinquant inconnu, promesses d’amnistie complète s’il se dénonce ; surveillance presque policière de ceux que je soupçonne : résultat nul. Et je suis sûr que je vais entendre, tout à l’heure encore, ces trois notes ironiques qui détruisent mon autorité et galvaudent mon prestige. Que faut-il faire ?

TAMISE : Le cas est épineux.

PANICAULT : Oh ! pas du tout ! La musique, c’est courant… Tantôt ce sont des becs de plume plantés dans un pupitre ; d’autres fois, c’est un élastique tendu qu’on pince avec le doigt ; j’ai même vu une petite trompette. Eh bien, moi, chaque fois que j’entends ça, je mets Duhamel à la porte.

TAMISE : Mais comment faites-vous pour savoir que c’est lui ?

PANICAULT : Oh, je ne dis pas que c’est toujours lui qui fait la musique, mais c’est toujours lui que je punis.

TOPAZE : Mais pourquoi ?

PANICAULT : Parce qu’il a une tête à ça.

TOPAZE : Voyons, mon cher collègue, vous plaisantez ?

PANICAULT : Pas le moins du monde.

TAMISE : Alors, vous avez choisi un bouc émissaire, un pauvre enfant qui paie pour tous les autres ?

PANICAULT (choqué) : Ah ! permettez ! Duhamel, c’est pour la musique seulement. En cas de boules puantes, je punis le jeune Trambouze. Quand ils ont bouché le tuyau du poêle avec un chiffon, c’est Jusserand qui passa à la porte. Et si je trouve un jour de la colle sur ma chaise, ce sera tant pis pour les frères Gisher !

TOPAZE : Mais c’est un véritable système.

PANICAULT : Parfaitement. Chacun sa responsabilité. Et ça n’est pas si injuste que ça peut en avoir l’air ; parce que, voyez-vous, un élève qui a une tête à boucher le tuyau du poêle, il est absolument certain qu’il le bouchera et, neuf fois sur dix, c’est lui qui l’aura bouché.

TOPAZE : Mais la dixième fois ?

PANICAULT (avec noblesse) : Erreur judiciaire, qui renforce mon autorité. Quand on doit diriger des enfants ou des hommes, il faut de temps en temps commettre une belle injustice, bien nette, bien criante : c’est ça qui leur en impose le plus !

TOPAZE : Mais avez-vous songé à l’amertume de l’enfant innocent et puni ?

PANICAULT : Eh oui, j’y songe. Mais quoi ! Ça le prépare pour la vie !

TOPAZE : Mais ne croyez-vous pas qu’une petite enquête peut démasquer les coupables ?

PANICAULT : Les coupables, il vaut mieux les choisir que les chercher.

Assez ri ! Examinons tes trois textes.

La scène de Roméo et Juliette exploite un grand ressort classique de la littérature et du théâtre : les amours contrariées par la volonté d'un père tyrannique. On retrouve cette situation - dans un registre plus léger - dans beaucoup de comédies de Molière. Dans L'Avare, Harpagon veut marier sa fille Élise au vieil Anselme (sans dot !). Dans le Bourgeois Gentilhomme, M. Jourdain refuse de laisser sa fille Lucile épouser Cléonte, sous prétexte qu'il n'est pas noble. Dans Le Malade imaginaire, Argan impose à sa fille d'épouser Diafoirus. Dans Le Tartuffe, Orgon ordonne à sa fille Mariane d'épouser Tartuffe, etc.

Historiquement, ce pouvoir du père remonte au droit romain. Dans la famille patricienne de la Rome antique, le pater familias avait un pouvoir absolu sur sa femme, ses enfants et ses esclaves. Ce pouvoir se nommait la patria potestas, lointain ancêtre - mais impitoyable - de notre autorité parentale.

Je ne connais pas le droit anglais du temps de Shakespeare, mais il ne devait pas être très différent du droit français - et plus strict même, dans un pays sous influence protestante. En matière de mariage, les règles reprises du droit romain furent officialisées en France par l'Ordonnance de Blois en 1579. Le but était de mettre fin à l'anarchie qui régnait dans ce domaine. En effet, au Moyen Âge, deux prétendants pouvaient se marier tout à fait simplement et librement, il suffisait qu'ils soient consentants et qu'ils se présentent devant un prêtre, l'affaire était réglée en quelques dizaines de minutes, comme aujourd'hui à Reno aux États-Unis (sauf qu'ils ne pouvaient pas divorcer, le mariage chrétien étant indissoluble). Cette situation entraînait nombre de mariages clandestins, facilitait la bigamie et les mariages consanguins, etc. Rappelons que le mariage civil n'existait pas à cette époque ; il sera généralisé sous la Révolution. Seul le mariage religieux était considéré. L'Ordonnance de Blois a institué les registres de mariages dans les paroisses, elle a imposé les publications des bans et elle a fait obligation aux prêtres de vérifier que les amoureux étaient en capacité de se marier (qu'ils avaient l'âge légal, qu'ils n'avaient pas de liens consanguins et qu'ils avaient l'autorisation de leurs parents ou tuteur s'ils avaient moins de 25 ans pour les filles et 30 ans pour les garçons.) Au-delà de ces âges, on pouvait se marier librement, mais on était tout de même tenu de demander le "conseil" des parents, par une procédure appelée "sommation respectueuse". Les sanctions étaient particulièrement sévères. Celui ou celle qui épousait quelqu'un qui n'avait pas l'autorisation - ou qui organisait ou célébrait un mariage de ce type - était accusé du délit de "rapt", et la condamnation pouvait aller jusqu'à la peine de mort.

Cette législation fut réaffirmée en 1639, sous Louis XIII. Se marier sans autorisation n'entraînait plus la peine de mort, mais les conséquences restaient lourdes, au moins sur le plan financier : Et avons déclaré et déclarons les veuves, fils et filles, moindres de vingt-cinq ans qui auront contracté mariage contre la teneur desdistes ordonnances, privés et déchus par le seul fait, ensemble les enfants qui en naîtront, et leurs hoirs [leurs héritiers], indignes et incapables à jamais des successions de leurs pères, mères et aïeuls, et de toutes autres directes et collatérales : comme aussi des droits et avantages qui pourraient leur être acquis par contrats de mariages et testaments, par les coutumes et lois de notre royaume. (Déclaration de Saint-Germain-en-Laye, 26 novembre 1639).

En fait, comme toujours quand on fouille un peu, c'était avant tout un problème de gros sous. Les familles riches ne voulaient pas voir leur patrimoine dispersé, divisé, revendiqué par des héritiers non choisis, fauchés, qui sait ? et peut-être d'une classe sociale inférieure. Un mariage n'était pas une histoire d'amour, mais un montage financier, une alliance d'intérêts où tout le monde devait trouver son compte sur le plan des biens matériels ou du prestige social. Et les filles ou les garçons qui refusaient ces mariages de raison ? Pour les filles, c'était le couvent. Pour les garçons, c'était parfois un engagement dans l'armée, en attendant d'aller se faire tuer sur un lointain champ de bataille, ou de revenir avec molto onor, poco contante, beaucoup d'honneurs et peu d'argent... Mais c'était rare, on était toujours plus indulgent pour les garçons que pour les filles. Il faut bien que jeunesse se passe, et après tout, si ça le travaille tant que ça, il n’a qu’à lutiner les servantes... qu’on n’hésitera pas à mettre à la porte quand elles seront enceintes, les gourgandines !

Il est intéressant de mettre en relation la scène de Shakespeare avec les comédies de Molière. 70 ans environ - et la largeur du Channel - les séparent. Chez le premier, on est clairement dans la tragédie : Si vous êtes ma fille, je vous donnerai à mon ami ; si tu ne l'es plus, va au diable, mendie, meurs de faim dans les rues. Car, sur mon âme, jamais je ne te reconnaîtrai, et jamais rien de ce qui est à moi ne sera ton bien. Compte là-dessus, réfléchis, je tiendrai parole. Les mots sont très durs, et on peut effectivement penser que Capulet ne menace pas en l'air. Chez Molière, en revanche, le père autoritaire, despotique, est plutôt ridicule. Il tonne, il menace, mais il fait rire, on ne le prend pas trop au sérieux, et la jeune fille aux amours contrariées a souvent beaucoup d'alliés et de complices qui s'ingénient à contrecarrer les sombres desseins du père. Voir la scène 2 de l'acte II de Tartuffe. Jamais la nourrice de Juliette ne s'autoriserait à parler à Capulet sur le ton qu'emploie Dorine envers Orgon. C'est peut-être qu'on est en France, pays latin où l'amour suscite plus de bienveillance et de sympathie qu'en Angleterre, mais c'est sûrement aussi parce qu'au XVIIe siècle, cette autorité parentale commence à être un peu contestée, à lentement se fissurer. En témoigne Don Juan qui s'adresse à son père (mais, prudemment tout de même, en son absence) : Eh, mourez le plus tôt que vous pourrez, c’est le mieux que vous puissiez faire. Il faut que chacun ait son tour, et j’enrage de voir des pères qui vivent autant que leurs fils.

On arrive au texte de Rousseau et à l'expression autour de laquelle il s'articule : la loi de nature. Selon Rousseau, il existerait donc une loi naturelle qui régirait les rapports d'autorité entre les parents et leurs enfants, rapports fondés d'un côté sur l'amour, la bienveillance, l'intérêt futur de la progéniture, et de l'autre sur le respect et la reconnaissance. On peut mesurer la différence avec la scène de Shakespeare. Le père despotique a fait place au père bienveillant, la "douceur" remplace la "férocité", l'autorité brutale laisse le champ à la persuasion, la main de fer s'incline devant le gant de velours. Mais au fait, Capulet, sous ses dehors intransigeants, ne souhaitait-il pas le bien de son enfant tout autant que le précepteur de l'Émile ?

Nous sommes au siècle des Lumières, et le maître mot est "raison". On le retrouve sous la plume de Boucher d'Argis dans l'article "Pouvoir paternel" de l'Encyclopédie : Une chose plus vraie, c’est que le gouvernement des pères et mères est fondé sur la raison ; leurs enfants sont une portion de leur sang ; ils naissent dans une famille dont le père et la mère sont les chefs ; ils ne sont pas en état pendant leur enfance de pourvoir eux-mêmes à leurs besoins, à leur conservation, à leur éducation ; toutes ces circonstances demandent donc une juste autorité des père et mère sur les enfants qu’ils ont mis au monde.

L'Encyclopédie parle de "juste autorité", et s'appuie sur un raisonnement : les enfants étant incapables de se prendre en charge, il est "naturel" de s'en occuper, de les nourrir, de les soigner, de les éduquer, au besoin contre leur gré, ce qui établit de fait une hiérarchie. Et, avec beaucoup de naïveté, Boucher d'Argis postule ensuite que plus les parents sont vertueux, moins cette autorité est tyrannique et contraignante :

Cette autorité est de toutes les puissances celle dont on abuse le moins dans les pays où les mœurs font de meilleurs citoyens que les lois ; c’est la plus sacrée de toutes les magistratures, c’est la seule qui ne dépende pas des conventions, et qui les a même précédées.

Rousseau pose un problème philosophique intéressant. La relation entre parents et enfants est-elle régie par une loi naturelle, comme il le prétend - ce qui impliquerait qu'elle soit forcément juste, la nature ne faisant rien d'imparfait -, ou plutôt par des constructions culturelles et sociales, comme le pensent aujourd'hui les psychiatres et les sociologues ? Cette loi existe bien chez les animaux. Une de leurs principales activités étant la procréation et la perpétuation de l'espèce, il est normal qu'ils veillent jalousement sur leurs rejetons et les conduisent à l'autonomie de l'âge adulte (pour les femelles, tout au moins. Pour les mâles, dans la plupart des espèces, c'est plutôt trois petits tours, plantent leur petite graine et puis s'en vont). Mais force est de constater que si cette loi de la nature existe, elle n'a pas eu beaucoup d'influence sur Rousseau, qui a placé ses cinq enfants à l'assistance publique. Et puis, au fait, en quoi le fils doit-il du respect à son père ? Le respect est-il inscrit dans une loi naturelle ? Évidemment non, c'est une notion purement humaine, et il est des pères infiniment méprisables. Ici, il ne s'agit plus d'un processus raisonnable, mais d'une loi divine. C'est le commandement de la Bible : Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne. En outre, le pouvoir royal avait tout intérêt à vivement promouvoir ce respect filial. Le déclaration de 1639 dont je parlais plus haut faisait un clair parallèle entre le respect dû par les enfants envers leurs parents et le respect dû par le peuple envers son souverain. Paix et hiérarchie dans la famille, paix et hiérarchie dans le royaume. Respecter ses parents, c'était entrer dans le moule qui ferait que, plus tard, on respecterait son roi, comme un père. Quand un gouvernant cherche à donner l'image d'un père, cela s'appelle le paternalisme.

En résumé, ce qui change profondément entre la scène de Shakespeare et le texte de Rousseau (séparés par environ 170 ans tout de même), c'est la forme de l'autorité paternelle. Elle est absolue et indiscutable chez Capulet (et même si ça peut choquer, remise dans le contexte de l'époque, je ne pense pas qu'elle soit particulièrement injuste), elle est raisonnable et maîtrisée chez Rousseau. Du temps de Shakespeare, l'autorité du père sur ses enfants n'est pas limitée dans le temps. Tant que le père est vivant, on doit se plier à sa volonté, et le fils, quel que soit son âge, ne sera jamais son égal. Pour Rousseau, le pouvoir du père cesse lorsque l'enfant devient autonome. Au delà de ce terme ils deviennent égaux, une petite phrase qui semble une évidence aujourd'hui, mais qui représentait à l'époque une grande révolution dans les mentalités.

Le troisième texte est plutôt axé sur l'autorité maternelle. Chez les Lepic, c'est Mme qui porte la culotte. Monsieur, lui, est un homme effacé, sans grande volonté, un peu mou, un peu veule. Et Mme Lepic - plutôt une marâtre qu'une mère - n'aime pas Poil de Carotte, après tout, l'amour maternel n'est pas un instinct "naturel". Avec un peu plus de perversité, voire de sadisme, Mme Lepic pourrait vite devenir Folcoche, la mère de Brasse-Bouillon dans Vipère au poing d'Hervé Bazin. Franchement, j'admire ce petit texte. Il est magnifiquement écrit, c'est un bijou de vivacité et de (savante) simplicité. Ce qui frappe ici, c'est la méchanceté de la punition. Une petite fête, le retour de M. Lepic chargé de cadeaux, se transforme en punition pour un motif particulièrement futile. Après tout, on pouvait comprendre Capulet lorsqu'il imposait un mariage à Juliette. Il se fondait sur des motifs raisonnables, au moins pour lui : l'intérêt de la lignée, de la famille, de la fortune, du patrimoine. Il est bien plus difficile de cerner les motivations de Mme Lepic. C'est presque une punition gratuite, pour le plaisir de donner une punition. La leçon de morale est dérisoire et ridicule : Quand on aime les trompettes, on ne dit pas qu’on aime les pistolets. Et, plus méchante encore, Mme Lepic fait miroiter l'objet convoité aux yeux de Poil de Carotte, avant de l'en priver : Regarde-la bien : elle a trois pompons rouges et un drapeau à franges d’or. Tu l’as assez regardée. C'est d'une insupportable cruauté. J'ai été puni de cette façon, je devais avoir trois ou quatre ans : hébergé chez une tante, j'avais arraché toutes les feuilles d'une plante verte, parce que je les trouvais très jolies et que c'était amusant. Pour me punir, ma tante avait pris un beau ballon qu'on m'avait offert le jour même - avec des bandes colorées - elle l'avait fait tourner sous mes yeux, puis elle l'avait posé par terre - Regarde bien ce que j'en fait, de ton ballon ! - et l'avait crevé d'un coup de talon. Je m'en rappelle encore, et j'en frémis toujours d'indignation. Sale vache !

Pour conclure, et toujours pour rire, je ne peux pas résister au plaisir de citer les motivations pédagogiques de Zazie et sa conception de l'autorité juste :

— Alors ? pourquoi que tu veux l’être, institutrice ?
— Pour faire chier les mômes, répondit Zazie. Ceux qu’auront mon âge dans dix ans, dans vingt ans, dans cinquante ans, dans cent ans, dans mille ans, toujours des gosses à emmerder.
— Eh bien, dit Gabriel.
— Je serai vache comme tout avec elles. Je leur ferai lécher le parquet. Je leur ferai manger l’éponge du tableau noir. Je leur enfoncerai des compas dans le derrière. Je leur botterai les fesses. Parce que je porterai des bottes. En hiver. Hautes comme ça (geste). Avec des grands éperons pour leur larder la chair du derche.
— Tu sais, dit Gabriel avec calme, d’après ce que disent les journaux, c’est pas du tout dans ce sens-là que s’oriente l’éducation moderne. C’est même tout le contraire. On va vers la douceur, la compréhension, la gentillesse. N’est-ce pas, Marceline, qu’on dit ça dans le journal ?
— Oui, répondit doucement Marceline. Mais toi, Zazie, est-ce qu’on t’a brutalisée à l’école ?
— Il aurait pas fallu voir.
— D’ailleurs, dit Gabriel, dans vingt ans, y aura plus d’institutrices : elles seront remplacées par le cinéma, la tévé, l’électronique, des trucs comme ça. C’était aussi écrit dans le journal l’autre jour. N’est-ce pas, Marceline ?
— Oui, répondit doucement Marceline. Zazie envisagea cet avenir un instant.
— Alors, déclara-t-elle, je serai astronaute.
— Voilà, dit Gabriel approbativement. Voilà, faut être de son temps.
— Oui, continua Zazie, je serai astronaute pour aller faire chier les Martiens.

(Raymond Queneau : Zazie dans le métro).

Cordialement,
PMV

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